Après L’Abatteur et L’Immortel, ses deux précédents romans noirs, Franz Olivier Giesbert invente sa rentrée littéraire avec Le Lessiveur, polar aïoli au cœur de Marseille, son nouveau fief. L’intrigue : un tueur phobique de la saleté décidé à nettoyer la ville de ses impuretés, au propre come au figuré. Un serial killer justicier en somme. « Décapant » pour Le Figaro, « vaste programme » pour le Nouvel obs. Et, pour Animal Politique, un plagiat mal dissimulé de la série hollywoodienne Dexter, qui fait des audiences records sur Canal +. Décryptage.
D’un côté le roman de FOG, « un tueur justicier décidé à débarrasser le monde de sa crasse physique et morale ». De l’autre, la série Dexter, « un expert en analyse de traces de sang dans la police le jour, Serial Killer la nuit, mais qui tue uniquement les autres tueurs parvenus à échapper au système judiciaire, afin de protéger les innocents ». On imagine déjà l’éditorialiste-directeur de rédaction-présentateur TV-analyste politique-romancier échafauder, devant sa télé, le synopsis de son nouveau bouquin. L’œil mi-clos, FOG ne perd pas une miette de sa série préférée : «”Dexter, la série où le gentil est le méchant.” Bon sang, mais c’est bien sûr ! Je le tiens mon prochain Best Seller ! » A sa décharge, les vedettes du petit monde médiatico-éditorial ne peuvent pas allier prolixité et inventivité. Un peu de récup’ n’a jamais fait de mal à personne. Et, comme le disait Lavosier, “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”!
Inspiration ou adaptation ?
Oui, mais voilà : le patron du Point a, cette fois-ci, d’avantage adapté que transformé. Tout comme Dexter, son héro est un maniaque de la propreté. (Voir la vidéo du générique de Dexter).
Tout comme Dexter, son héro tue les criminels passés entre les mailles du filet judiciaire, du médecin pédophile président d’association à la “rupine” Bérangère Buisson, qui a récolté treize jours de prison pour avoir fauché deux personnes en voiture et qui vit sans remords.
Sortir du manichéisme éculé des blockbuster des années 80 dans lesquels un gentil 100% gentil affronte un méchant 100% méchant n’est donc pas un concept nouveau. Jeff Lindsay, l’auteur de Ce cher Dexter (dont la série est adaptée, NDLR), y avait pensé avant FOG. Et Nietzsche avant Lindsay. Et Platon avant Nietzsche. Il n’y avait finalement que les manichéens, secte catholique du 3ème siècle après JC, pour figer le bien contre le mal. Une ignorance des fondements de la psychologie humaine reprise à son compte par un certain G.W.Bush… Mai ceci est une autre histoire…
Une critique malhonnête de l’autorité judiciaire
« Obsédé par la propreté, ce “lessiveur” règle ses comptes avec un soin hygiéniste qui ne déplairait pas aux adeptes du principe de précaution. » observe Le Figaro. Car au-delà de la fiction, le roman de Giesbert, dont le tueur opère au taser, dissimule une critique sociale ambigüe. Le lessiveur, comme Dexter, apparaît d’abord au lecteur comme un dangereux criminel. Jusqu’à ce que nous comprenions la « logique » de ce bourreau. Qui, d’une certaine manière, s’impose comme l’ auxiliaire d’une justice incapable de rendre justice. Comme si le rôle de la justice n’était que de punir les criminels. Et non pas seulement de protéger les citoyens ou de les dissuader de passer à l’acte. On finit par se prendre d’affection pour ce tueur efficace, utile, décomplexé. Et qui met en scène la véritable nature de l’homme, complexe et paradoxale. FOG nous montre un tueur en série dans toute son humanité. Et l’on se prend à rêver de rendre justice nous-mêmes, puisque l’autorité du même nom semble paralysée par ses contraintes administratives.
Pourtant, c’est parce que la justice a intégré les nombreux paradoxes du genre humain qu’elle laisse, y compris au pires monstres, une chance de se racheter. Son but n’est pas de soulager les victimes en punissant le bourreau, comme Nicolas Sarkozy en rêve tout éveillé. Mais de préserver l’intérêt général, qui est aussi l’intérêt des victimes.
Au-delà de la morale : la moraline
« Giesbert ne nous bassine avec aucune morale » selon Le Point. Nous défendrons la position inverse, selon laquelle le roman de FOG est un recueil de moraline indigeste. Le lessiveur, en se faisant justice soi-même, ne transcende aucune morale, mais colle à la plus ancienne que nous connaissions, à savoir la loi du talion, œil pour œil et dent pour dent. Tout comme Dexter est favorable à la peine de mort comme unique moyen de stopper toute récidive, le tueur marseillais, rongé par un judéo-christianisme malsain, tue une de ses victimes sous l’unique mobile qu’elle ne ressentait pas de culpabilité (après avoir fauché deux personnes en voiture et n’avoir récolté que treize jours de prison, NDLR). Si Le Point caresse son directeur de la rédaction dans le sens du poil, en le comparant tantôt à Scorcèse, tantôt à Maupassant (rien que ça !), Animal politique voit dans l’homme orchestre la résurrection de St Paul, l’apôtre qui transforma le message d’amour de l’Evangile en une morale inhibitrice et perverse fondée sur la toute puissance rédemptrice des sentiments de culpabilité et de compassion.
Preuve en est la conclusion de la critique du Point, logiquement relue par le directeur de la rédaction-auteur du Lessiveur : « Cette école des cadavres noyés dans le pastis nous colle sous le nez la cautèle, l’égoïsme, la vacuité morale, l’hédonisme sommaire, le jeu des égoïsmes, l’indifférence si proche du cynisme. Les dialogues incisifs, ou le détail sociologique vrai, percent le livre. Ces indices nous permettent de comprendre que les valeurs spirituelles subissent un sacré lessivage ces temps-ci. » Les valeurs littéraires aussi….
FOG l’embrouilleur
Reste à savoir si l’auteur adhère à la philosophie de son narrateur de tueur. Ce ne serait pas la première fois que FOG nous mènerait par le bout du nez : on le croyait chiraquien avant La Tragédie du Président, sarkozyste après. Depuis, le président à demandé sa tête à Pinault, conscient de la versatilité du journaliste. Le très bon ami de Chirac aurait refusé mais, si l’on en croit les rumeurs, serait sur le point d’accepter, sous la forme d’un petit jeu de chaises musicales avec le vice-président Cyrille Duval. L’ours du Point reste pour le moment inchangé.
Gageons que FOG ne prendra pas ombrage de cette vigoureuse critique. Ou qu’il noiera le poisson dans un brouillard (traduction littérale de Fog, NDLR) de circonstance…









