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Diplomatie de haute-voltige au Honduras

Posted on 07 July 2009 by Emmanuel Haddad

Le président hondurien Manuel Zelaya destitué dimanche 28 juin est en apesanteur. Soutenu par les dirigeants de la région pour retourner dans son pays, le dirigeant putschiste Roberto Micheletti l’a refoulé en plein air ce dimanche. Pourquoi cette ire violente et soudaine des institutions honduriennes contre leur dirigeant, au risque d’un isolement politique et économique ? Si le risque d’un retour en dictature est plus qu’improbable sans le soutien des USA, le putsh du Honduras sonne comme un premier test pour la politique – étrangère ? - d’Obama en Amérique Latine…

obama-caricature-en-che-guevaraL’avion présidentiel a longtemps flotté au-dessus de l’aéroport de Tegucigalpa dimanche 5 juillet, avant de faire volte-face aux vues des soldats armés amassés sur la piste d’atterrissage. Un revers symbolique pour le président, mais aussi diplomatique, et politique.

APTOPIX Honduras Coup

Malgré les acclamations de la foule, l'avion du président hondurien déchu, Manuel Zelaya, ne parvient pas à se poser.

La diplomatie de l’Organisation des Etats Américains a en effet pris un sacré coup, même si son président Jose Miguel Insulza a vite réagi en suspendant le Honduras de son organisation.

Le plus dur dans cette affaire, c’est évidemment les violences sur le terrain. Deux journalistes du Washington Post révélaient dimanche que derrière les soldats, des centaines de manifestants, prêts à accueillir leur dirigeant, ont été gazés et réprimés. La Croix Rouge décompte 30 blessés et le jeune Isi Obed Murillo est mort à 19 ans, il a reçu une balle dans la tête. L’avenir des libertés est donc sinistre, au même titre que l’économie. Avec 70% de la population sous le seuil de pauvreté, le Honduras aura du mal à vivre longtemps sans les aides internationales que l’OEA a stoppé.

Le Honduras, nouvel îlot autoritaire dans un océan socialiste

Manuel Zelaya, le président hondurien déchuSi les putschistes jouent ce scénario mortifère, c’est en réaction à la volonté du président de conférer un pouvoir constitutionnel et économique au peuple hondurien. Les putschistes dirigés par Roberto Micheletti disent s’opposer aux visées dictatoriales de Zelaya, qui espérait changer une clause de la constitution par référendum pour pouvoir être réélu en 2010. Mais faut-il qualifier de dictateurs mégalomaniaques tous les présidents démocrates qui briguent un second mandat pour entériner leur programme politique sur le long terme ?

Roberto Micheletti, le chef du parti Libéral National auteur du putsch Derrière l’argument démocratique se terrent donc les intérêts économiques, comme souvent dans la région. Zelaya a en effet fait un virage à gauche dès 2007, en augmentant le salaire minimum et en faisant une visite impromptue à Raul Castro à Cuba. Les putschistes du Parti Libéral National ont-ils eu peur que leur pays rejoigne le vaste camp socialiste dominé par Hugo Chavez ? Ont-ils craint que Zelaya copine avec le président socialiste de l’Equateur Rafael Correa et le président sandiniste du Nicaragua Daniel Ortega ? Une chose est sûre, Manuel Zelaya l’avait pressentit. Le jour du coup d’Etat, il déclarait à El Pais « je pensais faire les changements depuis un schéma néolibéral. Mais les riches ne cèdent pas un penny. Les riches ne cèdent rien de leur argent. Ils veulent tout garder pour eux. »

Le coup d’Etat en Amérique Latine, un éternel revival ?

Après avoir été vécu sous la férule militaire entre 1972 et 1983, le Honduras est-il sur le point de revivre une dictature ? Rien n’est moins sûr cette fois, car il manque un ingrédient à la formule habituelle des dictatures d’Amérique Latine : le soutien américain. La chef de la diplomatie Hillary Clinton est sur le point de rencontrer le président déchu, après que Barack Obama ait officiellement dénoncé ce coup de force. Le Honduras, au-delà de l’enjeu national, pourrait donc être le premier grand test pour la politique de dialogue avec l’Amérique Latine établie par le président démocrate. Will he can ?

2 Comments For This Post

  1. lebarbumasqué Says:

    Je suis ravi de voir que vous avez aperçu toute cette affaire malgré le travail si poussé en profondeur de nos chers médias sur l’état du traffic au péage de St Arnoult ou des conseils pour les crèmes solaires et hydratantes. Heureusement, il existe encore des journalistes hors de nos frontières…
    Première chose: un petit moins après votre billet, il faut remarquer le silence quasi total de la part d’Obama et son équipe. Ils n’ont rien de mieux à dire que l’Union Européenne sur l’Amérique Centrale ? C’est bien nouveau tout cela. Est-ce à regretter ? Sans doute que non en d’autres temps, le silence étant le mode de complicité le plus tolérable, mais en ces temps obamiens on aurait pu espérer un ton nouveau, un positionnement original et destabilisateur pour les gorilles, comme on dit là-bas pour parler des putschistes.
    Seconde remarque: sans prendre position pour lui, il est à remarquer que le scrutin que proposait Zelaya fin juin et qui a provoqué son extradition ce jour-là était une sorte de réferendum (non prévu par la constitution hondurienne) pour savoir si oui ou non serait proposée une quatrième urne aux élections générales de novembre pour demander alors si oui ou non se formait une constituante en vue d’une réforme de la constitution. Si l’on suit bien tous ces préparatifs, on se rendra compte que tout ceci ne pouvait aider Zelaya à être élu une seconde fois: son mandat s’achève précisément en novembre, et le jour du vote de la quatrième urne aurait été élu son successeur. Il faut se méfier 1°) de ce que disent les oppositions de droite à l’ancienne (temps du far west) en Amérique Centrale 2°) de ce que répètent sans vérifier leurs sources parce qu’ils débarquent totalement sur les situations politiques des petits pays. Tout ceci me permet d’en venir à mon dernier point, qu’on se rassure.
    On ne peut rien comprendre à tout ce qui s’y passe si on ne réalise que vraiment continue à s’y jouer la guerre froide avec vingt ans de retard. Les arguments de la droite sont les mêmes, les positions de la gauche ont troqué le bloc communiste pour les bolivariens interventionnistes. Les peurs sont les mêmes. La situation économique n’a pas changé. Et l’oligarchie est prête à tout pour que les “communistes” (interdits dans la constitution hondurienne) ne puissent approcher de leur patrie chérie. Le débat ne vole pas plus haut, ni entre Micheletti et Zelaya, ni entre Chavez et CNN. Il y a une véritable guerre des médias entre CNN espagnol et la chaîne venezuelienne internationale. Il n’y a pas à défendre un camp contre l’autre, aucun n’est vraiment fréquentable, comme souvent, il faut se contenter du moindre mal.
    On prend souvent Cent Ans de Solitude pour le roman type du réel merveilleux, et on ne retient que le merveilleux. Mais toute la tristesse du roman réside dans le fait que justement c’est toujours bien réel. La guerre froide vingt après… Ca fait encore titre de roman de solitude ça…
    Ce qui est à craindre c’est que ça réveille les oligarchies et qu’elle soient tentées par l’actuelle réussite de Micheletti et ses gorilles. Est-ce que notre Obama global l’a saisi ? Qui ne dit rien consent. Et puis tant qu’il ne fait que dire et qu’il ne sape pas l’oligarchie hondurienne d’un revers de main celle-ci saisira toutes ses chances: la peur (des communistes) est capable de tout…

  2. lebarbumasqué Says:

    Un petit ajout.
    Une remarque générale: vu l’inaction obamienne, ce n’est peut-être pas toujours le bon ni le seul angle de vue pour comprendre la politique étrangère que de passer par les Obama et autres poids lourds. On loupe les fourmis et leur fourmilière, leurs invasions, les “marabuntas” qui détruisent tout sur leur passage.
    Cédons au point de vue lointain obamien: si sous Bush les régimes politiques se sont colorés de rouge en Amérique Latine jusque dans des pays inattendus, est-ce que l’effet secondaire Obama en Amérique Latine ne va pas favoriser le retour des droites oligarchiques qui vont tout faire pour se replier sur elles-mêmes, faire le dos rond, en espérant un changement plus favorable aux Etats-Unis, et tout faire pour empêcher “les communistes” d’entrer dans le pays ?
    Si on se recentre sur le Honduras, il faut se rappeler que Micheletti ne doit tenir que jusqu’en novembre, le temps joue presque pour lui, contrairement à tout ce que les observateurs trop lointains pronostiquent (isolement du pays, plus d’aide, etc…): en novembre sont prévues des élections générales, et Micheletti n’a aucune raison de les retarder. Ca enlèvera toute légitimité à Zelaya (encore en visite avec son homologue mexicain aujourd’hui) son mandat étant terminé, et il pourra dire que la continuité constitutionnelle aura été respectée comme il le clame en toute occasion. Les candidats continuent leur campagne, certes un peu moins en fanfare, mais comme si de rien n’était. Ils n’ont jamais condamné Micheletti. Ils jouent novembre. Il faut se rappeler que Zelaya n’a pas de parti organisé: il a “trahi” son parti (le plus “néolibéral” des deux seuls partis honduriens, tous deux de droite), son propre parti s’est retourné contre lui (le parlement pensait destituer Zelaya pour démence, mais l’armée et la cour de justice les ont pris de vitesse et ont expulsé Zelaya). Il n’y a pas de camp Zelaya en novembre.
    Reculons un peu et reprenons donc le monde du point de vue lointain d’Obama: c’est maintenant ou jamais qu’il faut faire quelque chose ! Toute l’Amérique Latine est montée au créneau, que fait la diplomatie américaine ?? Elle proteste… et consent, attendant aussi novembre, quand tout reviendra à la normale. Est-ce si volontaire que cela ? ou bien est-ce qu’on ne surestimes pas la diplomatie en général, n’est-ce pas par ignorance que la diplomatie américaine est absente de cette crise ? Simplement parce qu’il n’y a pas ou trop peu d’intérêts américains en jeu pour que s’en mêle le champion de la démocratie ? Micheletti ne doit pas du tout être opposé au traité de libre commerce que veut obtenir l’Oncle Sam avec les petits poucets centraméricains…
    Espérons que le retour à la normale de novembre n’encouragera pas les autres oligarchies à abréger les mandats de ceux qui les gênent trop souvent… Puisque l’inaction de la part des américains et l’impunité semblent être de mise.

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