Ses adversaires ? L’Eglise, la presse, et maintenant l’opinion publique… Le Cavaliere glisserait-il, enfin, vers l’impopularité ?
Depuis le printemps dernier et l’annonce de la relation de « papi » Silvio avec une aspirante comédienne à peine pubère, c’est avis de tempête en Berlusconie. Et si au cours des premiers mois, l’affaire n’a pas semblé embarrasser outre mesure le sémillant président du conseil italien, qui en a quand même vu d’autres, l’éternel sourire commence à se crisper sur le faciès du primesautier cavaliere. Parce qu’à force d’à force, l’histoire, qui lui a déjà coûté son mariage, pourrait bien finir par lui voler son trône. Et Silvio d’en perdre son latin et son -imparable- sens de l’humour. Bigre, il y aurait-il quelque chose de pourri en Berlusconie ?
A y bien regarder, rien que l’inusable cavaliere ne puisse surmonter, évidemment, mais la situation s’annonce tout de même un brin délicate. Parce que si les frasques de Berlusconi lui ont au moins permis de prouver qu’il savait parler aux femmes, l’affaire a également mis au jour quelques points de détails sur les moeurs, le sens morale et les pratiques du leader italien, peu en phase avec la fonction de chef de gouvernement. Qui plus est dans un pays où l’Eglise de Rome reste omniprésente.
Et c’est là que le bât blesse. Ce qui n’aurait pu rester qu’une vague histoire de galipettes et autres polissonneries d’un septuagénaire somme toute très en forme sous sa teinture et ses implants capillaires, se transforme ici en sombre affaire d’Etat. Berlusconi a donc raison sur un point : on lui en veut. Et une fois n’étant pas coutume, on lui demande des comptes, ce qui commence à le faire grincer des dents.
Ses adversaires : l’Eglise et la presse (de gauche)
Au premier rang des empêcheurs de tourner en rond, on retrouve bien évidemment une certaine presse de gauche et d’opposition, le quotidien La Repubblica en tête, qui n’a jamais caché ses réticences quant à la capacité de gouverner du cavaliere et s’est donc fait une joie d’enquêter sur le scandale Letizia et ses découlantes depuis avril dernier. Jusque là, rien de très original, pas de quoi fouetter un chat, si les « communistes » et autre « cathocommunistes » s’y entendaient en matière de politique, ça se saurait.
Le hic, c’est que l’affaire ayant largement été suivie et rapportée ailleurs, Berlusconi est aujourd’hui en délicatesse avec la plupart des journaux italien mais aussi étrangers ayant eu l’audace de commenter l’affaire. Assignations en justice, procès pour « diffamation » et « atteinte à la vie privée », sans parler des pressions et menaces exercées contre les publications impétrantes … il n’en fallait pas plus pour que son emminence se fasse taxer de vouloir museler une presse qu’il contrôle déjà en bonne partie. Business as usual me direz-vous, mais ça fait tout de même mauvais genre. D’autant que l’OSCE et la commission européenne commencent à s’en mêler et qu’ils sont des milliers à se préparer à descendre prochainement dans les rues de Rome sur l’appel du syndicat des journalistes.
Plus génante encore devient la situation quand on pense que le premier journaliste à avoir fait les frais de l’îre présidentielle n’est autre que Dino Boffo, le très respecté rédacteur en chef d’Avvenire, le journal des évêques italien. Sa démission, forcée après une campagne médiatique sordide et télescopée par Il Giornale -quotidien de droite dont le frère de Berlusconi, Paolo, se trouve opportunément être l’éditeur- a fortement tendu les rapports du premier avec l’épiscopat italien et l’Eglise de Rome en général. Résultat : c’est tout un pan du monde catholique et ainsi de l’électorat italien proche du centre-droit incarné par le président du conseil que celui-ci se met à dos et renvoit dans ses retranchements. Pas vraiment le résultat escompté donc. Y a t-il quelqu’un pour sauver le soldat Berlusconi?
Toi aussi, mon fils ?
Et bien justement, on a beau regarder, c’est pas gagné. Pire, ça se complique. En de telles circonstances, on pourrait s’attendre à voir le rang des fidèles se resserrer derrière le cavaliere blessé. En l’état, c’est tout l’opposé qui est en train de se passer. Au sein de son propre camp, le Peuple de la Liberté, on s’engouffre dans la brêche, osant ce qui aurait été inenvisageable il y a encore quelques mois : la contestation du leadership du chef. Avec Gianfranco Fini, le dauphin présumé de Berlusconi, c’est même la confrontation ouverte. Immigration, lois sur la bioéthique, rapports du cavaliere avec la justice ou lutte contre la Mafia … le président de la Chambre des députés multiplie les critiques contre la direction « monocratique » du big boss et s’éloigne.
Côte de popularité en berne…
Ca sent le roussi! D’autant que s’il s’est longtemps targué de bénéficier « d’un taux d’approbation record dans une période de crise et ce malgré les attaques féroces dont il est l’objet », la côte de popularité de Berlusconi est tombée à 47% au milieu du mois de septembre, loin des 60% enregistrés l’année précédente à la même époque. On ajoute à cela le flop magistral enregistré par l’émission de télévision Porta a Porta à la quelle il avait participé le 15 septembre dernier sur Rain Uno -après avoir pourtant intrigué pour faire aménager la grille des chaînes concurrentes de manière ad hoc- et c’est presque la perte de face. Un vrai coup bas de la part du bon peuple italien dont, de l’aveu propre du « capo », il est tout de même « le meilleur président du conseil depuis 150 ans ». Signe, surtout, que le bon peuple en question commence peut-être à se lasser des facéties du grand chef. Et de là à lui demander des comptes sur sa gestion des deniers de la République, particulièrement quand tout ça implique la présence et la rémunération de cocottes en strings léopards, il n’y a qu’un pas que les italiens semblent se préparer à franchir. Morale de l’histoire : la godriole, c’est bien, mais pas forcément quand on est président.







