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Changement de week-end en Algérie : l’arbre qui cache la forêt

Posted on 16 August 2009 by Nesrine D.

Instauré pendant le colonialisme français et abandonné par le président Boumediene en 1976, le week-end universel (samedi - dimanche), réclamé par les syndicats et les acteurs économiques privés, ne sera pas réintroduit. L’Algérie opte pour un week-end dit « semi universel » pratiqué par plus d’une dizaine de pays arabes. Cette décision n’est que la partie visible de toute une série de mesures impopulaires.

Le ministre du Travail Tayeb Louh a prôné le passage du week-end traditionnel en Algérie à celui observé dans la plus grande partie du monde musulman.

C’est dans la précipitation et une absence de communication totale que les Algériens sont entrés le 14 Août dans le week-end semi universel du vendredi - samedi. Pris au dépourvus, puisque la décision a été annoncée lors du dernier conseil du gouvernement, les citoyens ont décidé malgré tout de ne rien changer à leurs habitudes du vendredi : les commerces, les administrations et les services publics seront fermés. Pas touche le vendredi, c’est sacré. Journée de repos et surtout de prière, les Algériens ne veulent pas faire de concession.

Le ministère de l’intérieur et des collectivités locales a dernièrement annoncé les heures d’ouvertures des services publics (du dimanche au jeudi). Les universités fermeront complètement le vendredi, pour ne pas créer, dès la rentrée, des tensions avec les mouvements estudiantins. Quant au primaire et aux lycées, le ministère de l’éducation algérien devrait annoncer dans les prochains jours les nouveaux horaires.

Si pour les entreprises nationales c’est le flou total, dans les banques et certaines institutions financières privées le week-end vendredi-samedi est déjà appliqué depuis une dizaine d’années.

De fait, Algérie était économiquement bloquée par l’ancien week end. Les sociétés algériennes ne travaillant pas le jeudi vendredi et leurs partenaires étrangers, le samedi dimanche, il ne restait donc que 3 jours d’activités uniquement et un manque à gagner de près d’un milliard de dollars par an pour un pays dont les principaux échanges commerciaux se font avec l’Europe et les USA.

Le week end « semi universel » ou comment gérer l’équilibre d’une société déjà fragile

Pour de nombreux citoyens la mise en place du week-end semi universel aurait dû être reportée à la fin de l’année. Avec l’arrivée du mois de ramadhan (à partir du 22 Août) cela promet de nouveaux chamboulements dans leur quotidien.
Une longue décennie de terrorisme extrémiste n’a fait qu’approfondir le fossé entre une population meurtrie et un gouvernement en décalage avec les besoins de ses citoyens. Depuis le retour d’Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement, les craintes des citoyens se justifient de plus en plus. Décrié et mal aimé, le premier ministre persiste et signe dans des décisions impopulaires. Loin donc d’être un manque d’audace, l’instauration du week-end semi universel n’est que l’arbre qui cache la forêt des mesures économiques impopulaires de la loi de finances complémentaire 2009 (LFC).

Suppression du crédit à la consommation

Autre décision controversée du conseil du gouvernement, la suppression des crédits à la consommation hors immobilier tels que les crédits auto et les crédits pour l’achat des appareils électroménagers.
Face à l’incompréhension des citoyens, le ministre des finances algérien Karim Djoudi se justifie en faisant référence à la crise financière internationale : « le crédit auto offert uniquement par les banques privées, se porte sur des véhicules produits sur les marchés internationaux, deux risques sont donc à considérer sur ce plan, les ménages risques d’atteindre des situation de surendettement préjudiciable ».
En interdisant le crédit à la consommation, le ministre algérien des finances espère protéger les ménagers contre le surendettement, orienter l’emprunt vers l’achat de logements, et réguler l’importation des véhicules étrangers afin de favoriser les investissements sur le marché national. Les ménages pourront acheter des véhicules construits en Algérie avec des prix préférentiels.

Les sociétés d’importation mises au pas

Cette politique d’importation fait grincer les dents des entreprises étrangères. La suppression du crédit compromet la présence des concessionnaires auto en Algérie, alors que plus de 50 % des achats de véhicules se faisait grâce aux facilités de paiement, seul moyen pour les petits salariés de se payer une voiture.
Les sociétés étrangères d’importation devront également incorporer à hauteur de 30% de partenaires algériens. Une décision qui ne sera pas rétroactive mais qui prendra effet que dès la promulgation du LFC pour 2009.`

Toujours concernant les importations qui ont atteint 37,5 de milliards de dollars en 2008, le LFC donne la possibilité à l’administration algérienne de mettre en place à l’égard des exportateurs étrangers les même procédures et formalités auxquels sont soumis les algériens. Et ce pour le respect du principe de réciprocité.

Des mesures impopulaires contre l’économie de marché

Pour le ministre des finances le projet de loi de finances complémentaire vise à réduire la facture des importations pourtant stabilisée à 19 milliards de dollars en 2008, diversifier une économie algérienne dont 70% recettes fiscales proviennent des hydrocarbures et surtout faire évoluer au mieux un marché algérien attractif avec baisse des impôts et mesures préférentielles pour les PME,PMI, créatrices d’emplois.

Mais pour de nombreux banquiers, ces mesures vont bloquer une partie de l’économie et pénaliser les entreprises privées qui ont mis en place des partenariats stables avec leurs fournisseurs étrangers. Les chefs d’entreprises, craignent quant à eux les répercussions sur leurs sociétés.

De nombreux emplois seraient en danger. On annonce que BNP Paribas aurait gelé son projet d’intégrer Cetelem El Djazair (spécialisée dans le crédit à la consommation) au sein de sa filiale bancaire algérienne. La Société Générale Algérie a aussi été lourdement pénalisée par l’interdiction du crédit à la consommation.

Les économistes déplorent cette vague de mesures. Dans une interview à un quotidien algérien francophone, le Dr A MEBTOUL affirme : « les nouvelles mesures prises dans la loi de finance complémentaire 2009, sont contraire au règlement de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à laquelle l’Algérie tend à adhérer. L’interdiction des crédits à la consommation, la part des sociétés étrangères dans les projets d’investissement fixé à 49%, sont des mesures qui vont à contre courant des principes de l’économie de marché. »

Plus gênant encore, c’est dans l’indifférence totale des citoyens que ces décisions seront promulguées dans les mois à venir. Les préoccupations des citoyens sont plus concrètes : gérer son budget avec un SNMG (équivalent du SMIG) de 120 euros et une rentrée des classes qui approche à grands pas.

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