Un acte raciste perpétré par le parti néonazi contre un militant noir du parti conservateur (CDU) jette à nouveau le trouble dans l’opinion allemande depuis la flambée xénophobe de 2007. Les « plus jamais ça ! » proclamés abondamment pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur semblent impuissants à endiguer les résurgences de l’extrême droite depuis 1989 en ex-RDA. Portrait d’un mouvement néonazi bien difficile à effacer de la photo de famille.
Le 11 Aout dernier, alors que la campagne des élections régionales en Thuringe bat son plein, Zeca Schall, militant d’origine angolaise du parti chrétien démocrate (CDU) est publiquement traité de « nègre de quotas » et invité à « rentrer chez lui » dans un communiqué du NPD (Parti National-Démocrate) menaçant de lui rendre visite à son domicile. Levée de bouclier immédiate. Le militant est mis sous protection policière, la CDU porte plainte pour incitation à la haine raciale et le débat se porte une fois encore sur l’implantation du NPD dans les länder de l’est : « Cette campagne contre moi, est une campagne contre l’ensemble de la CDU en Thuringe et dans toute l’Allemagne mais aussi contre l’ensemble des formations démocratiques de ce pays ».
Pourtant ce fait divers n’est pas une surprise. Le NPD est un parti bien connu des allemands. Regroupant les courants néonazis et nostalgiques de l’empire, il bénéficie depuis la chute du mur de la montée en force de l’extrême droite. En 2004, le NPD fait son entrée au parlement régional de Saxe avec 9% des voix et poursuit sa percée en 2006 en obtenant des sièges à l’assemblée de Mecklembourg-Poméranie. Une réussite appuyée par la flambée en dent de scie des actes de xénophobie en Allemagne de l’est. « De 2000 à 2003, il y a eu une amélioration, mais la pression est ensuite retombée et depuis 2004, c’est reparti à la hausse», explique le politologue Hajo Funke en 2007. «Depuis la réunification, il y a eu en Allemagne plus de 150 morts liés à des violences racistes et plus de 15 000 actes violents au total». Violences auxquelles s’ajoutent des insultes quotidiennes à l’égard des étrangers et l’implantation de boutiques diffusant des symboles du Reich.
Les raisons de cette montée de l’extrême droite sont plus profondes et plus ancrées dans les mentalités qu’un simple vote de contestation causée par les difficultés sociales et économiques que traversent les länder de l’est. Selon Christian Semler, la vague de xénophobie à l’est prend sa source dans « le climat national, anti-démocratique et anti-occidental de l’Allemagne orientale » et « sur l’absence, à l’Est, d’une société civile efficace - c’est-à-dire à même de gérer pacifiquement ses conflits - du type de celle formée, à l’Ouest, dans les années 60 ; sur l’héritage autoritaire de la RDA, dont l’antifascisme rituel ne constituait qu’un mince vernis ; et sur le peu d’accoutumance aux étrangers que l’ancien régime encasernait ».
Cette culture politique est bien implantée dans la jeunesse, structurée en groupuscules autonomes, souples et décentralisés, échappant à l’influence des partis et à la répression. « Nombre d’adultes soutiennent, excusent ou acceptent en silence les agressions commises par les jeunes d’extrême droite contre des étrangers, des « tiques » (nom donné aux militants de gauche), des homosexuels ou des sans-logis ».
La classe politique allemande pointe du doigt les symptômes économiques. Mais l’appel de Gerard Schröder en 2000 au « soulèvement des gens biens », les politiques d’aides sociales, et les projets de lutte contre l’extrême droite se montant à 24 millions d’euros par ans n’ont pas suffit à résorber le mouvement. Selon le dernier rapport du ministère de l’Intérieur, publié fin mai, les délits liés à l’extrême droite ont bondi de 16% en 2008. Et les actes violents comme le meurtre de Marwa El Sherbini en pleine séance au Tribunal de Dresde en juillet ont augmenté de 6%. Le ministère a alors admis que « l’augmentation constatée en 2008 de la violence d’extrême droite était inquiétante ».
Sans interdire le parti national-démocrate, la chambre des députés et les institutions allemandes mènent une croisade administrative déstabilisante pour le NPD. Le tribunal administratif de Berlin vient de le condamner à 1,27 millions d’euros d’amende pour irrégularité dans sa comptabilité. Cette amende, ajoutée au remboursement 870 000 euros de fonds public en 2008 remettrait en cause l’existence politique d’une structure qui ne pourrait plus assurer le paiement de ses coût mensuels de fonctionnement.
Mais l’Allemagne semble démunie pour attaquer les fondements de cette flambée d’extrême droite. La société civile est en première ligne. Pour redorer le blason des régions orientales et attirer les touristes, les Fédérations d’hôtellerie appellent désormais à boycotter les clients appartenant au NPD et des associations se créent pour chasser les magasins nazis. Avec succès. Le 4 aout dernier, un groupe du NPD est sommé par la justice de quitter un local de Faßberg (Basse Saxe) suite à la mobilisation des riverains.
La bataille menée par l’Etat et les associations est désormais reléguée sur le terrain culturel. Une question de société de plus en plus embarrassante à l’heure du bilan de la réunification.








