La burqa pose problème aux législateurs français ? Au Soudan, c’est le pantalon ! 13 femmes ont été arrêtées le 3 juillet par la police des mœurs de Khartoum à cause d’un goût commun jugé indécent… Le port du pantalon ! L’une d’elles, journaliste et employée des Nations Unies, communique à tout va sur les 40 coups de fouets qui l’attendent, afin de faire sauter une loi régressive, « contraire à la Constitution et à la charia ».
Loubna Ahmed Al Hussein a le regard endurci, l’air sûr de sa cause et d’être du bon côté de la loi. Une posture de bravoure impensable pour 10 des 12 femmes qui l’accompagnaient dans ce fameux resto de Khartoum le 3 juillet dernier. Chacune d’elles a reçu 10 coups de fouets et payé 250 livres d’amende (75€). Non pas qu’elles approuvent ce traitement, elles grommelent en silence contre leurs bourreaux, mais voilà, il est un article dans le code pénal soudanais, le 152, qui punit de 40 coups de fouets quiconque « commet un acte indécent ou un acte qui viole la moralité publique ou porte des vêtements indécents », alors leurs critiques restent sourdent.
Idées reçue : Le Coran (n’)interdit (pas) les femmes en pantalon
Seule Loubna Ahmed Al Hussein a osé donner de la voix. Sa voix, elle la porte déjà dans les colonnes du journal de gauche Al-Sahafa, et au service de communication de l’ONU où elle est employée. Loubna, femme moderne, que fais-tu, pourquoi toi et pas les autres femmes, les milliers qui t’ont précédées : « des dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles ont été flagellées à cause de leurs vêtements ces dernières années (…) aucune d’entre elle n’ose se plaindre (…) elles ont peur du scandale, du doute sur leurs mœurs » ?
Elles devraient pourtant. L’article 152 qui prévoit les 40 coups de fouets est non seulement anticonstitutionnel mais aussi contraire à la Charia. La journaliste a mené son enquête. Le Prophète n’était peut-être pas aussi subtil que les contemporains de Coco Chanel et André Courrèges niveau mode, mais rien n’indique que la loi musulmane incite à fouetter les femmes en falzar.
Le tribunal s’est donné un mois de plus pour juger Loubna (elle pourrait bénéficier de l’immunité avec son poste à l’ONU). 30 jours pour continuer à crever l’abcès sur une loi absurde et redonner de la voix aux femmes soudanaises victimes de la police des mœurs.







