Deuxième plus grosse fortune d’Italie, 70ème au rang mondial, l’homme d’affaire Berlusconi organise cette année la réunion du club des riches, le G8, sur les ruines de l’Aquila, région victime du séisme meurtrier d’avril dernier. Cible de nombreuses accusations médiatiques sur sa vie privée, les frasques du Cavaliere risquent de jeter une ombre sur le sommet. Et de priver une nouvelle fois le président du Conseil d’une respectabilité et d’une crédibilité d’homme d’Etat. Assistons-nous aux dernières heures du berlusconisme ?
Spot médiatique
Il ne pouvait pas mieux choisir le lieu : le G8 devait se tenir sur l’île de la Madeleine, en Sardaigne ; Berlu en a décidé autrement. Le sommet des pays les plus riches de la planète se déroulera dans la caserne de la brigade financière de Coppito, à la sortie de L’Aquila. Qui avait servi de morgue improvisée pour les 307 victimes du séisme du 6 avril dernier. Ce transfert du G8 à l’Aquila (« en signe de solidarité » selon Berlusconi), aura coûté plus de 50 millions d’euros. Pendant ce temps là, 45000 personnes vivent sans toit depuis la catastrophe. Les fonds nécessaires à la reconstruction n’auraient toujours pas été débloqués selon un entrepreneur des Abruzzes, Massimo Alesii.

Les conséquences du tremblement de terre qui a eu lieu dans les Abruzzes en avril dernier. A l'endroit-même où se tient le G8 ce 8 juillet.
Ce spot médiatique, mélange d’indécence et de vulgarité, est à l’image de Berlusconi, qui conseillait aux rescapés hébergés provisoirement sous des tentes au lendemain du séisme de “prendre ça comme un week-end en camping”. Avant de leur proposer, comme solution miracle, d’aller chez Ikea pour se reloger !
Les casseroles du Cavaliere

Berlusconi entouré d'Obama et de Medvedev au sommet du G20 à Londres en avril dernier. Le Cavaliere n'était pas encore éclaboussé par ces affaires de moeurs...
Berlusconi voulait renforcer, par l’organisation de ce G8, sa crédibilité d’homme d’Etat. D’où ce coup de communication visant à déplacer au dernier moment le sommet dans une région encore soumise à de fréquentes secousses sismiques. Fin juin, en préparation de la réunion des plus grandes puissances mondiales, il cherchait à reprendre de la hauteur grâce à la diplomatie : réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Otan et de la Russie à Corfou, sommet de l’Union africaine présidée par le colonel Kadhafi en Lybie. Mais les médias n’ont que faire de ses déplacements politiques. L’homme d’Etat est étouffé par le personnage Berlusconi, jamais avare d’une mauvaise blague qui frôle à chaque fois l’incident diplomatique. Ainsi, il est obligé de démentir des propos cités par le quotidien israélien Maariv selon lesquels il aurait qualifié de « faible » l’attitude d’Obama face à l’Iran. Il avait d’ailleurs accueilli l’élection du candidat démocrate par une blague raciste en le qualifiant de « bronzé ». Certaines agences de presse l’ont même cité en train de se vanter d’avoir « envoyé (Sarkozy) à Moscou pour faire la médiation entre la Russie et la Géorgie ».
Ces dérapages politiques n’arrangent pas les affaires du Président du Conseil. Mais elles sont négligeables face aux accusations judiciaires et morales dont il est la cible dans la presse depuis plusieurs mois. Et qui effacent, petit à petit, ce qui lui restait de crédibilité politique.
L’homme d’Etat disparait derrière le guignol
Tout commence le 26 avril dernier, pour les 18 ans de Noemi Letizia (voir photo), la jolie et très jeune fille d’un de ses amis à laquelle il offre un collier en or. La femme du président du Conseil demande le divorce dès le lendemain, ne pouvant plus rester auprès d’un homme qui « fréquentait les mineures ». Moins de deux mois plus tard, le Corriere della sera révèle que quatre escort-girls ont été payées 2000 euros chacune par Giampaolo Tarantini, un homme d’affaires proche de Silvio Berlusconi, pour une soirée « pute et coke » organisée au domicile de ce dernier ; le même journal rapporte ensuite que le président du Conseil aurait promis une place de députée européenne à une jeune femme en échange de faveurs.
Berlusconi a longtemps joué sur cette image de séducteur à l’italienne, usant d’une bonne dose de machisme mal déguisé derrière de grossiers compliments. En janvier dernier, alors que deux viols ont eu lieu à Rome et dans la région, il va jusqu’à déclarer impossible d’empêcher ces crimes à cause du trop grand nombre de « belles filles italiennes ».
La logique des frites Mc Cain : ceux qui en parlent le plus en mangent le moins
A 73 ans, malade, Berlusconi est-il le tombeur qu’il prétend ? Peut-on croire un homme qui ne manque jamais une occasion de mettre en avant ses performances sexuelles ? Ainsi lorsque Jacques Chirac lui rendait visite dans l’exercice de ses fonctions, son homologue italien gratifiait la conversation de quelques perles du type : « Ce bidet, tu ne peux pas savoir combien de paires de fesses il a accueillies! ».
Réélu à trois reprises à la présidence du Conseil, cette stratégie populiste consistant à mettre en avant sa testostérone a longtemps fonctionné. Et fonctionne encore, puisque 49% des italiens conservent une opinion favorable de Berlusconi. Une popularité préservée. Mais pour combien de temps ?
Le déclin de César
Avec seulement 35% des voix aux dernières élections européennes (alors qu’il en attendait 45, NDLR), le Cavaliere perd des points. Et, depuis le divorce d’avec sa femme et les accusations sur ses mauvaises mœurs en cascade, Berlusconi perd les pédales. Il a déjà donné 5 versions différentes de ses rapports avec Noemi Letizia, et commence à échauffer les oreilles de sa grande alliée, l’Eglise Catholique : ”Ceux qui sont au pouvoir, même avec un large mandat populaire, ne peuvent pas prétendre qu’ils vivent en dehors du monde de l’éthique” écrit la revue du Vatican Famiglia Christiana.
Homme d’image, le magna des médias a toujours sauvé les apparences. L’homme d’affaire a su échapper à la justice (comme dans les affaires Mediaset ou Telecino). Tout comme l’homme politique, qui n’a pas hésité à modifier la loi italienne en s’accordant l’immunité pénale en tant que président du Conseil.
Mais l’homme privé semble bien plus fragile. Et vacille, pressé par des accusations médiatiques qui se transforment en accusations juridiques. Ainsi l’organisateur de soirées légères chez le Cavaliere, Giampaolo Tarantini, vient d’être mis en examen pour trafic de cocaïne. Cette ultime accusation, si elle implique le Président du Conseil italien, pourrait porter un coup fatal aux restes de sa popularité…
La fin de Berlusconi mais pas du berlusconisme…
Membre de la Propaganda Due, loge maçonnique extrêmement influente considérée comme une mafia, Berlusconi a réussi à sortir indemne de ses nombreux procès. Soit par non-lieu, soit par prescription. Ce qui n’est pas sans rappeler l’histoire du Premier Ministre Giulio Andreotti, réélu 7 fois à la présidence du Conseil, et miraculeusement blanchi des 40 chefs d’accusation qui pesaient contre lui. (Voir le film Il Divo). Lui-aussi était membre de la P2, essentiellement composée de communistes et de démocrates chrétiens.
Berlusconi ne partage pas le positionnement politique de ses camarades maçonniques. Mais la puissance du réseau dépasse celle des idéologies. Du moins tant que les affaires restent dans les limites du pays. Quand bien même il est aujourd’hui populaire chez les italiens, la botte ne pourra supporter dans le long terme un chef d’Etat tourné en ridicule par la scène médiatique et diplomatique internationale. A l’image de ces universitaires qui tirent les premières, en demandant aux épouses des chefs d’Etat étrangers de boycotter le prochain sommet du G8 pour protester contre le comportement de Silvio envers la gent féminine…
La réputation du Cavaliere est aujourd’hui entachée dans le monde entier, et la tenue du G8 risque d’empirer cette situation. Le Parti du peuple de la liberté, union de son propre camp, Forza Italia, et des post-fascistes d’Alliance Nationale, construit comme un empire médiatique, aura du mal à se passer de son chef. Mais, comme l’analyse le politologue Marc Lazar, même si la personne Berlusconi se fragilise, « l’épaisseur du berlusconisme », le système qu’il a forgé de toute pièce, ne risque pas de disparaître…
Berlusconi a transformé la politique italienne, en renforçant le pouvoir de l’exécutif sur le Parlement. D’où cette médiatisation des leaders, à laquelle l’Italie n’était pas habituée. Mais il est aujourd’hui sur la pente descendante, et, dans le premier pays catholique du monde, semble être puni par où il a péché. Ainsi, quand les générations futures étudierons sa chute, gageons que les professeurs d’histoire ne leur diront plus « Cherchez la femme », mais « Cherchez les femmes » !









octobre 4th, 2009 at 15 h 13 min
Monsieur, je n’ai jamais voté pour Berlusconi et je ne l’aime pas, mais permettez-moi de rectifier votre phrase concernant ce fameux conseil aux rescapés hébergés provisoirement sous des tentes après le séisme, de “prendre ça comme un week-end en camping”. J’ai assisté en directe à cette épisode et ce que vous raccontez EST FAUX! Il a parlé aux enfants, son discours été que pour le enfants, et il n y avait pas ni l’indecence ni la vulgarité que vous denocez. Pour la blague raciste sur Obama, il s’agit d’une blague stupide , mais la denoncer comme raciste montre une grande fantasie de votre part.Il a su échapper à la justice? Je connais des hommes politiques français qui ont échappé à la justice, mais vous en parlez pas, car l’herbe du voisin…
octobre 6th, 2009 at 15 h 20 min
Chère Madame,
Merci pour votre commentaire. J’en déduis selon vos dires que vous possédez la nationalité italienne, puisque vous affirmez n’avoir jamais voté pour Berlu. Concernant cette phrase associant les sinistrés à des vacanciers en camping, je me permets de vous citer mes sources, à savoir Le Figaro via l’AFP : http://www.lefigaro.fr/international/2009/04/08/01003-20090408ARTFIG00423-pour-berlusconi-les-sinistres-sont-comme-au-camping-.php
En ce qui concerne la blague raciste ou pas sur Obama, sachez quer Berlu à réédité la semaine dernière, en qualifiant à nouveau le couple Obama de bronzés. Raciste ou pas, les blagues les plus courtes sont les meilleures, et Berlusconi semble victime d’une certaine obsession concernant ce trait d’humour douteux. Pourquoi, ça, je me le demande, et vous le demande, car je ne vois pas bien ce que cette répétition tragi-comique peut lui apporter…
Pour les politiques français qui ont échappé à la justice, d’accord avec vous ! Si vous avez des infos inédites, nous sommes preneurs !
En attendant, au plaisir de vous revoir sur Animal Politique, dont la rédaction est ouverte à vos propositions de papiers !