Une banlieue d’Alger s’est dressée contre la destruction de son bidonville. Focus sur ce pays du “tout va bien”, où la souffrance du peuple fait tache.
Mardi 20 octobre : émeutes dans la commune d’El Madania, une des banlieues les plus populaire des la capitale algéroise. Bilan : des dizaines de blessés - dont 6 policiers - et de nombreuses interpellations.
Ce ne sont pas uniquement des jeunes mais aussi des femmes, des hommes et des enfants qui ont fait face toute une journée aux groupes d’interventions et aux tirs de lacrymogènes. La cause : La destruction de leur bidonville sans possibilité de relogement. S’ajoute à cela la colère grandissante d’autres citoyens du quartier, logés dans des F1 et des F2 depuis l’Indépendance, sans avoir bénéficié de logements sociaux. Malgré les promesses des responsables locaux.
Malheureusement, les protestations de ce genre se multiplient dans de nombreuses wilayas (bidonvilles, NDLR) du pays tels qu’Annaba, Tizi Ouzou ou bien Oran. Signe d’un fossé de plus en plus béant entre un Etat qui fait l’autruche et la colère de la rue.
Colère
Les revendications sont partout les mêmes : mettre fin à la corruption, l’injustice sociale et l’exclusion. Dans une Algérie où les manifestations sont interdites depuis juin 2001, il ne reste que le langage des barricades et des pierres comme seul moyen d’expression contre la répression.
La question est :comment des citoyens peuvent-ils encore habiter dans des bidonvilles alors que l’Etat prévoit depuis 5 ans la construction d’un million de logements, dont 90% ont déjà été livrés ? Un autre million de logement est prévu pour le prochain quinquennat. Mais les sinistrés du séisme de Chlef en 1981 vivent dans des chalets ( temporaires) depuis 28 ans.
Pendant ce temps, les projets d’envergure sont nombreux et couteux. Le gouvernement veut se voir grand aux yeux du monde : Festival panafricain d’Alger en juillet 2009 pour 100 millions d’euros, l’année de la culture arabe en 2008, le sommet de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, NDLR) en 2008 à Oran et le future sommet du GNL (Gaz Naturel Liquéfié, NDLR) à Oran en 2010.
L’exemple des « maisons du soleil »
Mardi, les protestations reprennent, les promesses des responsables locaux n’ont pas convaincu les citoyens de la cité Diar Echams (maisons du soleil).
Quel soleil, pour des milliers de familles de 10 à 12 personnes ! Par manque de place les garçons dorment à la belle étoile. Les balcons sont aménagés en chambre pour gagner de l’espace. Les caves des immeubles sont squattées par de nombreuses familles depuis des années.
Pour ce père de famille, « l’Algérie est un pays de non droit : je dors dans le couloir de mon étage pour laisser de la place à mes enfants, j’ai fait ma demande de relogement depuis des années mais je n’ai jamais reçu de réponse ».
« Où est notre intimité, comment étudier quand je dois partager deux petite pièces ( 27m²) avec mes frères et sœurs, mes parents et mes grands parents » nous dit une jeune fille du quartier. « Y’en a marre de la répression, nous ne sommes pas des voyous, nous sommes des citoyens qui revendiquons des droits légitimes ».
R.A.S
Mercredi ; les agents du service de nettoyage de la commune nettoient le quartier, comme après chaque émeute ou attentat. Les consignes sont claires il ne faut laisser aucune trace de pneus brulés, de verres cassés, de sang ….. Rien de rien ; il faut tout effacer. Au pays du tout va bien, la souffrance du peuple fait tache.
Retour au calme. Ou plutôt à l’accalmie, car d’autres protestations sont prévues pour le 1er Novembre, date anniversaire du déclenchement de la guerre de libération contre le colonialisme français. Ce jour là comme chaque année, une gerbe de fleur est déposée par le Président de la République Abdel Aziz Bouteflika à Ryadh El fath ; monument de commémoration, situé à quelques centaines de mètres du quartier « Diar Echams ».
Dialogue rompu
Une ironie du sort que les jeunes même du quartier nous ont rappelée : « Nous habitons face au Ministère de la Communication, l’Agence de presse Algérienne. Nous sommes à quelques centaines de mètres du siège de la télévision et de la radio nationale, mais aucun journaliste de ces organes de presse ne s’est déplacé pour nous interviewer ».
Jeudi, le gouvernement réagi enfin, le Ministre de l’Intérieur Nourredine Yazid Zerhouni assure que l’Etat a les moyens de reloger les habitants du quartier, dans les semaines à venir. L’opération de relogement devra toutefois se faire dans un climat de sérénité et de calme, a-t-il exigé.
Vendredi : journée de repos hebdomadaire et de prières. Les autorités comptent sur les prêches des imams pour calmer les esprits, mais les mots ne suffisent plus ; le dialogue est rompu.







