43 députés UMP, 7 socialistes, 3 communistes et 2 nouveaux centre d’accords pour interdire le port de la burqa et du niqab. Au nom de « la liberté de la femme et de l’affirmation de sa féminité », écrivent-ils pour justifier la création d’une commission d’enquête sur la question. Quelques jours après la promotion du port du voile par Obama dans son discours du Caire, cette sortie du député communiste André Gérin était-elle nécessaire ? Car si la laïcité est menacée, c’est d’avantage par l’homologation des diplômes du Vatican par décret du 16 avril dernier que par un quelconque morceau de tissu…
Mais qui est donc André Gérin ? Sans doute l’un des seuls communiste capable de s’accorder avec Nicolas Dupond-Aignan ou Véronique Besse (Mouvement pour la France). Son combat : débarrasser le sol français des burqa et autre niqab, voiles recouvrant l’ensemble du corps de la femme, et qui ne sauraient se confondre avec de simples voiles, dont le port dans les administrations est tout de même interdit depuis 2004 : “Si le foulard islamique constituait un signe distinctif d’appartenance à une religion, nous sommes là au stade extrême de cette pratique. [...] Vêtue de la burqa ou du niqab, [la femme] est en situation de réclusion, d’exclusion et d’humiliation insupportable. Son existence même est niée” affirme le député du Rhône, qui revendique une expérience de terrain dans les quartiers.
Le PS muselé, l’UMP divisé
André Gérin serait-il le symptôme des dégâts de la politique d’ouverture de Nicolas Sarkozy dans scène politique française ? Pour preuve : les députés UMP sont 6 fois plus nombreux que leurs homologues PS à soutenir cette proposition. Au sein de la majorité, on demeure très partagé sur la question : Xavier Darcos est plutôt pour l’interdiction, en qualifiant le port de la burqa « d’oppression ». Fadela Amara en fait en fait «l’expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays». Eric Besson, ministre de l’immigration et de l’identité nationale, se veut plus circonspect : ««la règle en France, c’est de dire que dans les rues, chacun est libre». «Toucher à cet équilibre me paraît risqué». D’autres se mouillent encore moins, comme MAM qui attend les résultats de la commission parlementaire. Ou Martine Aubry qui demande de « réfléchir ». Si le PS se met à utiliser sa matière grise…
Obama et Sarkozy donnent le cap
L’opposition gauche / droite, qui structurait depuis la révolution française notre vie politique, n’a plus droit de cité. On trouve désormais, du PS à l’UMP en passant par le Modem et maintenant jusqu’au PCF, des pro et des anti Hadopi, des pro et des anti intégration de la Turquie, des pro et des anti port du voile… L’appartenance à un parti ne semble plus suffisante pour dicter les prises de position des uns et des autres. Ainsi, Nicolas Sarkozy s’oppose à la proposition du député PCF, en rappelant qu’ « en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. » Et de s’aligner sur la position de son nouveau modèle, Barack Obama, qui, lors de son discours au Caire, à largement critiqué les pays occidentaux, qui décident « des vêtements qu’une femme doit porter ».
Errance médiatique
Cette question du port de la burqa, qui ne concerne qu’une infime minorité de musulmans salaphistes, ne méritait pas cette déferlent, tous médias confondus. A l’heure où les citoyens de Téhéran se battent contre des élections truquées, le débat franco-français sur quelques centimètres de tissu en devient presque choquant. Les Philippe Val en herbe, glorieux chevaliers de la laïcité, montent au créneau. Et oublient de parler d’un sujet qui remet réellement en cause la séparation de l’Eglise et de l’Etat : la récente homologation par décret des diplômes du Vatican.
Le véritable ennemi de la laïcité : le Vatican
Caroline fourrest en parlait déjà le 30 avril dernier dans Le Monde : « Dans la plus grande discrétion, tout un pan du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-de-Latran vient d’entrer en vigueur : la reconnaissance par l’Etat des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieures catholiques. » Avec cet accord, la France « instrumentalise l’existence d’un Etat du Vatican pour attribuer des droits spécifiques à une religion, violant ainsi les règles les plus élémentaires de laïcité », dénonce la FSU dans un communiqué mercredi. Qui va saisir le conseil d’Etat (encore lui !) pour obtenir l’annulation de ce décret. Et pour cause : il casse le monopole des diplômes qu’avait l’Etat depuis 1880, mais aussi l’esprit de l’article 2 de la loi de 1905, en favorisant une religion par rapport à une autre.
Les limites de la politique d’intégration à la française
Ces deux affaires nous montrent à quel point notre politique d’assimilation est un double échec : en voulant interdire le voile dans les écoles, puis la burqa dans les rues, nous envoyons un message dominateur, presque néo-colonialiste, à la population musulmane. Si bien que les jeunes filles maghrébines trouvent dans un morceau de tissu un moyen de s’opposer à une assimilation forcée. Dalia Mogahed, une américaine musulmane voilée, travaille à la Maison Blanche. Cet exemple renforce la conviction des musulmanes de France selon laquelle nous voulons leur faire troquer leur burqa contre un béret et une baguette. La « féminité » dont parle le député communiste n’a jamais fait parti des valeurs de la République. « Une action pédagogique doit être menée vis-à-vis de certains musulmans de France », prétend Rama Yade. Comme si la France n’était qu’un vieil instituteur de la troisième République convaincu de participer à l’émancipation des peuples en imposant ses valeurs, son modèle. Comme si l’Etat pouvait émanciper les citoyens malgré eux.
« Une croyance un peu jacobine », souligne le sociologue Jean Boberot, auteur de les Laïcités dans le monde. Le chercheur nous montre à quel point la france s’enferme dans un cercle vicieux : certains musulmans ont l’impression, à tort ou à raison, que l’Islam est diabolisé. Ce qui renforce leur positionnement identitaire sur la question ; et le recours à des signes forts et visibles, comme la burqa, pour combattre ce sentiment de discrimination. Interdire la burqa n’aurait pour conséquence que de renforcer cet impression. La véritable action de l’Etat sur ce sujet est donc de lutter contre les discriminations à l’égard de la communauté musulmane. Car si la laïcité combat la domination du religieux, elle doit pour se faire construire le cadre de son expression.
Cette volonté d’interdiction des burqa et niqab est mue par un traditionalisme nauséabond. Les 55 députés qui la soutiennent n’appartiennent pas au même parti, mais se retrouvent sur leurs convictions néoreacs. Ils ont tôt fait d’arguer la laïcité pour défendre leurs postures identitaires. Mais, comme nous l’apprend ce décret sur la reconnaissance des diplômes du Vatican par la France, l’hexagone est loin d’être un exemple de laïcité. Et ce n’est pas de l’Islam qu’il faut avant tout se prémunir, mais bien du christianisme, qui influence toujours et encore le pays des 36 000 clochés !









June 20th, 2009 at 16 h 13 min
Les modes exotiques font les normes sociales afin que les extrémismes du prêt à penser rejoignent ceux du prêt-à-porter.
Puis qu’il faut des exceptions plausibles pour faire des exemples compatibles puis vendre des généralités crédibles, mieux vaut adapter des mensonges condamnables aux phobies raisonnables.
La prise en otage systématique de la tolérance et du respect par le nombre et les chiffres, souligne notre indécision face à la société de l’option permanente.
La suite ici
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July 10th, 2009 at 0 h 38 min
Qu’est ce qui vous dérange réellement avec cette histoire de diplôme ? Avec le système LMD tous les diplômes européens sont reconnus. Les diplômes du Vatican sanctionnent une compétence, la France reconnaît cette compétence.