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La Poste : Y’a pas marqué service public ici !

Posted on 26 October 2009 by Emmanuel Haddad

Votation populaire ou pas, La Poste est en pleine mutation. Sous le joug d’une privatisation en marche qui ne dit pas son nom, le travail des postiers a déjà changé. Enquête.

la-poste-service-publicLa surprenante victoire du référendum populaire du 3 octobre contre la privatisation de la Poste relève l’attachement des français à leurs services postaux. Facteur de proximité, réveil matinal avec le journal, relations humaines dans les régions isolées, autant de doux clichés qui ont disparus depuis longtemps du vocabulaire des postiers. Les employés jonglent avec une novlangue toute différente, peuplée de « facteur d’avenir », « facteurs qualité », « auto-remplacement » ou « clients mystères ». Animal Politique fait le tour d’horizon de ce que les postiers vivent au quotidien, avec ou sans privatisation.

Le timbre coincé entre Banque Postale et ventes forcées

26 septembre. Sur le boulevard Barbès, une poignée de guichetiers campent sur le trottoir devant des guichets ouverts. Les grévistes tractent devant des clients impassibles qui entrent déposer leur courrier ou retirer une lettre recommandée. Le référendum n’était que dans une semaine mais le cégétiste Jérôme Cottenceau et ses comparses tiraient la sonnette d’alarme : « Avant même la privatisation, ce sont les réorganisations successives qui aboutissent à la suppression de postes qui sont graves, surtout quand la Poste réalise des profits ». Selon lui, le dévissement du service public postal, et avec, du moral de ses employés, ne date pas d’hier. « Le problème, c’est qu’on nous demande de faire d’autres activités que notre métier de service public : vente forcée - prêt à poster, cartes téléphoniques - ce n’est pas notre vocation ».

Il y a eu deux phénomènes majeurs qui remontent aux années 2005-2006 précise Jean-Paul Dessaux, syndicaliste de Sud PTT à Issy-les-Moulineaux. Le premier, c’est la séparation des métiers en centres de gestions, enseigne, courrier, service financier et colis, chacun avec ses recettes et ses dépenses autonomes. « On en arrive à des absurdités où le service courrier va éviter de passer par le guichet pour ne pas payer un recommandé » s’amuse le postier. Le tout entraîne son lot de réorganisations du personnel ; à cela s’ajoute la création au 1er janvier 2006 de la Banque Postale. Quoi de neuf chez les postiers new age ? S’il reconnaît que tout n’était pas si rose avant, le nouveau management a de quoi surprendre pour un service public : « avant, il y avait de la compétition entre les guichetiers, d’accord, mais c’était la version soft. A présent c’est le coaching, les conversations téléphoniques surveillées pour vérifier si l’agent est un bon vendeur ».

Dans cette belle peinture, le détail choc reste les « clients mystères », ces jeunes embauchés par la direction pour tester les guichetiers en se faisant passer pour des clients.

Management de proximité

La manifestation pour la défense du service public postal le 22 septembre aura été l’occasion pour de nombreux employés de faire parler d’eux, en pleine polémique Télécom-Orange, et ce malgré qu’aucun ne porte le deuil de ses collègues (dans la rubrique décompte funèbre, on compte aujourd’hui 25 employés de France Télécom suicidés dans l’année et demi écoulée).

Deux employées d’un guichet du Val d’Oise ont aussi l’impression d’avoir déjà essuyé la rafale. Les employées en tenues me récitent l’alphabet du postier d’aujourd’hui. Dans une équipe, on trouve non pas un mais deux facteurs, un « facteur qualité » et un « facteur d’avenir », le tout fonctionnant à « l’auto-remplacement », comprenez que le salarié malade est remplacé par son collègue (les heures supplémentaires infligées ne seraient pas toutes payées me révèle Jean-Paul Dessaux), pour compresser les coûts salariaux. Enfin, les employés sont traités en commerciaux, payés en primes d’équipes, ce qui pousse les uns à faire gagner plus aux autres, et les autres à être regardant sur les heures sup des uns, et formés à la vente forcée au guichet.

Le référendum a scellé une nouvelle union de la gauche pour faire de La Poste un symbole de la résistance sociale contre la marchandisation du service public par le gouvernement. Mais pour les employés de la Poste, le régiment arrive trop tard. La bataille a déjà été livrée il y a 5 ans, et perdue.

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