Et si le dernier Tarantino, Inglorious Basterds, avait manqué son but ? Car loin de nous avoir choqué, le film qui met en scène des juifs tueurs de Nazis rate le coche de l’impertinence, et finit par verser dans la moraline.
Acte II. Trouver les mots pour remonter le moral des troupes, voire assouvir leur soif de sang nazi. Aldo Raine (interprété par un Brad Pitt hilarant) s’y connaît assez pour prononcer ce genre de discours mélo sur fond de lutte entre le bien et le mal. Mais le gros détail qui choque dans cette scène d’Inglorious Basterds, dernier Ovni du 7ème art tout droit sorti de l’esprit de génie de l’électrique Quentin Tarantino, c’est que cette troupe d’élite est juive américaine et que les cibles de ses délires sadiques sont des officiers nazis pendant l’invasion d’Hitler. « Culotté » ont dit certains. « Brillant » ont crié la plupart. « Dangereux » se prononcent les troisièmes. Trop convenu répond Animal Politique qui s’y connaît en bêtes sanguinaires.
Quand il s’agit de traiter de la seconde guerre mondiale et de son sujet le plus noir, soit l’antisémitisme d’Adolf Hitler forgé en système de ralliement national puis utilisé comme moyen de production gratuite pendant l’effort de guerre, allant jusqu’au génocide, il faut avouer que Tarantino, gorgé de références western spaghettis et de films de guerre, est peut-être le seul énergumène capable d’en tirer un scénario aussi décapant et drolatique, au milieu de la désolation généralisée ou des cours d’histoires responsables.
Tarentino pâlot ?
Mais arrêtons-nous un instant sur cet élément central du scénario en question, ces Inglorious Basterds qui « s’amusent » à scalper les gradés nazis, à tatouer des croix gammées sur les fronts de leurs otages libérés ou à les réduire en rillettes à coup de batte de base-ball. Est-ce si osé que cela que de se mettre du côté des victimes, de leur conférer des pouvoirs de supers-héros entre le sadisme de l’équipe de Reservoir Dog et le destin vengeur de la mariée dans Kill Bill ? Un peu trop facile même, qui n’a jamais rêvé de changer l’histoire en écrasant la face du plus grand nombre de nazis possible, en finissant par celle de leur grand manitou ?
Il est un homme qui est allé beaucoup plus loin, il y a 34 ans de cela. Sous sa plume, la plus grande des provocations sur la tragédie de l’Holocauste est née, et la grande rigolade (à la mise en scène réussie et aux 2h30 qui passent en 5 minutes) d’Inglorious Basterds n’y change rien. Le personnage de Raphaël Shlemilovith forgé par Patrick Modiano dans son roman La place de l’étoile rend l’humour noir de Quentin Tarantino aussi pâle que la couleur des étoiles jaunes que les juifs portaient sous l’occupation nazie. Ce personnage juif est capable, lors d’une rencontre avec Otto Abetz (alors ambassadeur d’Allemagne à Paris), de lui demander entre autres faveurs de « jouir d’une entière liberté d’action. Mon but : créer une Wafen S.S juive et une Légion des volontaires juifs contre le bolchévisme ».
Le juif plus collaborateur que les français pure souche, celui capable de participer à la revue antisémite Je suis partout et de l’améliorer car il a « toujours pensé que les goyes chaussent de trop gros sabots pour y comprendre les juifs. Leur antisémitisme même est maladroit. Voilà pourquoi l’équipe de Je suis partout me doit une fière chandelle ».
Que diraient cette-fois les critiques ? « Inacceptable » ! « Une honte » ! « Révisionniste !! » ou peut-être un outré « Pendez le ! »
D’où ma question : y-a-t-il un réalisateur pour mettre en scène une adaptation de La Place de l’étoile de Patrick Modiano avec Brad Pitt en Raphaël Shlemilovitch ?
Inglorious Basterds, réalisé par Quentin Tarantino
Sorti en salle le 19 août,
avec Brad Pitt, Chrisoph Waltz, Mélanie Laurent,
2h33 minutes
Toujours sur les écrans géants







