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Bienvenu chez les Parigots !

Posted on 26 February 2009 by Willy Gardett

boon-chtis1En cette année 2009, toute la Gaule est occupée par les Ch’tis. Toute ? Non ! Un petit village d’irréductibles résiste encore et toujours à l’envahisseur : le jury des César.

Une seule nomination aux César pour le plus grand succès de tous les temps au Box Office français : Bienvenu chez les Ch’tis. Dany Boon choisit de boycotter la cérémonie.
Le JDD pose la question : “Pourquoi la profession aime-t-elle si peu la comédie ?” Procès d’intention qui, à la lumière de l’histoire des César, se trouve corroboré de mains exemples : les comédies de De Funès et de Zidi en tête, jamais récompensées, puis le mot d’esprit de Coluche : “Le cinéma français récompense ses drames mais vit de ses comédies !”, sans oublier l’unique récompense en 1993 pour Valérie Lemercier et sa prestation dans Les Visiteurs, le troisième plus gros succès d’entrées.

Assiste-t-on au remake de la querelle des anciens contre les modernes ? Racine et Corneille indéfectiblement préférés à Molière ? Le cinéma élitiste et ennuyeux des salles d’art et d’essai viendrait faire de l’ombre aux 20 millions d’entrée de Bienvenu chez les Ch’tis ? Comme réponse à la question du JDD, osons une autre question : a-t-on encore le droit de ne pas aimer ce qu’un tiers de la population a plébiscité ?

Box office et qualité

chipies-bienvenu-chez-les-chtis1Partons d’un constat : le cinéma français n’est pas rentable. Seuls les films à très gros budget, dont les coûts sont supérieurs à 7 millions d’euros, couvrent les investissements de mise en marché (Source Rentabilité des investissements dans les films français, Cerna, Centre d’économie industrielle MINES ParisTech, version pdf). Ainsi, les films à petit budget, quand ils ont réussi le miracle de se hisser à l’affiche d’un cinéma, ne résistent en moyenne que deux semaines. Un laps de temps trop court pour générer un bouche à oreille fertile. Par ailleurs, les pistes favorables à ces petits films, comme l’export au format DVD, ne sont pas – ou peu - développées. Quand on sait que le film de Boon, aux 150 millions d’euros de recette, à été financé à hauteur de 600 000 Euro par le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais… Sans compter que le centre régional de ressources audiovisuelles y est allée pour 300 000 Euro de sa poche. Alors que les crèves-la-faim TF1, Canal + et Pathé ont, eux aussi, financé et pré-acheté le film…

Vous me direz, et à juste titre, que ce n’est pas aux César de promouvoir un film en fonction de son modèle économique. Les oeuvres nommées cette année sont d’ailleurs de grosses machines. Mais un succès d’entrée ne peut en aucun cas induire l’adhésion des professionnels.

Dictature de la majorité

“Je pense que Dany a un peu tort. Son film est super mignon, je l’ai beaucoup aimé, je l’ai trouvé très tendre. Maintenant, est-ce que c’est le meilleur costume ? Non. Est-ce que c’est la meilleure photo ? Non. Le meilleur montage ? Non. Il y a plein de postes où le film ne mérite pas d’être nommé.”, Luc Besson, invité du Grand Journal de Canal +

A-t-on encore le droit, dans cette culture de la communication, de trouver Yannick Noah ridicule, Zidane idiot et Danny Boon pas drôle ? Le réflexe élitiste du microcosme parisien consistant à dénigrer tout succès populaire n’a pas lieu d’être. Pour autant, La comédie potache du nordiste n’a rien d’un grand film. Comme l’explique le très pragmatique Luc Besson : “Il n’y a pas d’injustice. Je pense que Dany a un peu tort. Son film est super mignon, je l’ai beaucoup aimé, je l’ai trouvé très tendre. Maintenant, est-ce que c’est le meilleur costume ? Non. Est-ce que c’est la meilleure photo ? Non. Le meilleur montage ? Non. Il y a plein de postes où le film ne mérite pas d’être nommé.”

Tout le mérite du réalisateur du Grand Bleu est de revenir au film en lui-même. A ses qualités intrinsèques. Car Bienvenu chez les Ch’tis devient, au fil des polémiques, footballistiques ou internes à la profession, un argument de vente. Pour les producteurs de Maroilles, pour les offices de tourisme de Beauvais ou de Calais, mais aussi pour les politiques. Ainsi Vincent Peillon, agrégée de philosophie, qui avoue dans une allégresse non dissimulée, avoir “été par deux fois voir le film avec ses enfants.” Il est comme ça Vincent ! Et ses petits collègues de la politique aussi : quand un tiers de la population s’émeut, les superlatifs ne sont jamais loin…

Effet France 98

A-t-on encore le droit, dans cette culture de la communication, de trouver Yannick Noah ridicule, Zidane idiot et Danny Boon pas drôle ?

asterix-et-la-picardieInspirons nous de Luc Besson, et revenons au film. Le pitch : un facteur alcoolique et bringueur qui débauche un directeur de bureau de poste venu du sud. Et qui, au bout de trois années de purgatoire, décide de quitter le pessimisme social de cette région pour retrouver son Nice natal. Alors qu’en réalité, de nombreux exilés dans le Nord finissent pas s’y installer.

Sans parler de l’utilisation totalement anachronique du Ch’timi, patois méconnu des jeunes générations, et qui se limite à la sphère amicale ou familiale. Un peu comme le Provençao ou l’ Occitan. Finalement, les nordistes, comme les sudistes, se caractérisent surtout par un accent, et non par l’emploi d’une autre langue.

La banderole des supporteurs du PSG, certes injurieuse, pourrait avoir trouvé, en partie, son inspiration dans le message véhiculé par le film lui-même, qui décrit une région sinistrée, arriérée et fermée sur ses traditions. Un message obsolète à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, car teinté d’un régionalisme réactionnaire. Tout comme la France n’a jamais été la meilleure nation de football, pas même en 1998, Bienvenu chez les Ch’tis ne sera pas le meilleur film de l’année. Ni en 2009, ni jamais !

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