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“Un petit pas pour les Palestiniens…”

Posted on 13 novembre 2009 by Emmanuel Haddad

Frontières, murs, barbelés : une réalité tragique détournée par ces 19 artistes. “Palestine, la création dans tous ses états”, une exposition existentialiste !

palestine-la-creation-dans-tous-ses-etats_496- J’ai fait un rêve. Je trouvais un passeport américain et je partais aux Etats-Unis. Puis je revenais comme juif fondamentaliste et je colonisais nos terres…
- Tu cultivais des abricots ?
- Oui, bien sûr.

Frontières

Dans les couloirs de l’exposition de l’Institut du Monde Arabe sur l’art contemporain palestinien, l’évasion est dans les têtes des 19 artistes palestiniens exposés, comme dans ce dialogue poétique du court-métrage de Latissa Sansour, celle la-même que l’on retrouve sur la Lune un peu plus loin, drapeau palestinien dans les mains et balghas aux pieds, « un petit pas pour les Palestiniens… ».
Dès le début de l’expo, on est surpris par le jeu du déplacement, du bouleversement des représentations du monde dans un pays occupé. La première installation campe la salle d’attente de la compagnie aérienne « United States of Palestine ». Sur son aileron, une mappemonde, un monde sans frontières que l’artiste Khalil Rabah offre à ceux dont l’horizon est bouché. Frontières, murs, miradors, barbelés, autant de signes d’une réalité tragique que les 19 artistes, parmi lesquels 11 femmes, s’appliquent à détourner, à fuir ou a transformer. L’une d’entre eux, Raeda Saadeh, a bâti sa « barrière contre la peur ». L’artiste qui vit à Jérusalem est représentée le corps recouvert de coupures de presse, comme si elle faisait le deuil de sa féminité, victime des fouilles corporelles et autres frustrations ordinaires.

Survie

expo-palestinecrea-les-enfants-du-feuMohammed Al-Hawajri illustre lui aussi, par un mélange détonnant entre musique électro saccadée et montage vidéo, que l’atmosphère de survie déteint sur l’inconscient et marque les corps. Ici, les mains de sa mère qui manient le couteau comme s’il en allait de sa vie en coupant les herbes de la Molokhiya ; là, ces gamins qui jouent aux guerriers avec des pétards à la manière d’une danse funèbre.

Un art existentialiste

Derrière une grande diversité de supports artistiques, des classiques peintures impressionnistes aux installations sonores et vidéos les plus novatrices, le visiteur avance sous la même chape de plomb : celle de l’occupation du territoire, et ses effets, quête d’identité et besoin d’évasion, qui se ressentent dans les oeuvres. La Palestine représentée et réappropriée par ces jeunes artistes exilés aux quatre coins du monde, cette nation « invisible et enterré » mais toujours vivante , « à la fois comme réalité, idée et mémoire » exprime la photographe Noel Jabbour. Ses portraits et paysages du quotidien donnent un visage esthétisé à cette réalité. Une même force créatrice semble alors réunir ces artistes intergénérationnels, les plus anciens - Samia Halaby, Kamal Boullata - côtoyant des travaux très récents - Fawzy Amrany, Steve Sabella. 12 ans après la dernière exposition de l’IMA sur l’art palestinien, l’art-vidéo a fait son trou, les femmes donnent plus de voix, mais l’intensité reste la même. Hier et aujourd’hui, les oeuvres parlent de vie et de mort, de liberté et d’évasion, d’identité et d’adaptation : l’art palestinien est vigoureusement existentialiste.
On comprend alors un peu mieux la conclusion du mot du commissaire sur l’expo : « l’adversité est mère de nombreuses vertus ».

Palestine : la création dans tous ses états.
Jusqu’au 22 novembre 2009 à l’Institut du Monde Arabe
1, rue des Fossés Saint-Bernard
Place Mohammed V
75236 PARIS CEDEX 05
Tél. 01 40 51 38 38

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