En marge d’une Hadopi inefficace, la musique s’organise et trouve ses propres palliatifs. De la scène à la pub.
Il y a des concerts qui nous donnent envie de croire au téléchargement légal, et des concerts qui nous font croire que sans major ultra capitalistes, la musique sera en péril. À l’heure où la loi Hadopi est (enfin !) entérinée, posons-nous la question de savoir quelle musique nous est proposée aujourd’hui. Les moyens de diffusion semblent avoir naturellement glissé vers un nouveau schéma qui se passe entièrement des majors, sans pour autant que les musiques de « studio » n’aient disparues.
On stage
Vendredi 23 octobre, 20 h 00, Bataclan : les Kasabian ont mis toute la salle en transe. Debouts, les spectateurs en redemandaient après deux heures de concert à 50°. Une totale maîtrise de leurs effets, quelques moments lyriques où le chanteur se met en retrait pour laisser entendre la performance de la guitare. Même le clip insiste sur cette prédisposition scénique du groupe. Un concert d’où l’on sort avec la nette impression que non, la musique n’est pas morte depuis qu’elle circule librement sur le Net. Mais on sort aussi avec cette petite question dans la tête : pourquoi un groupe pareil n’est-il pas davantage connu ? Petit retour sur un phénomène récent qui remet en place certaines idées sur le marché de la musique.
Concert au Bataclan
Clip
La rumeur est maussade, l’irritation est palpable quelques minutes après la fin du concert des MGMT au Zénith. Le 8 juillet dernier, deux types de spectateurs s’agglutinaient devant les portes de la salle de concert parisienne : ceux qui avaient pris leurs places bien à l’avance pour écouter les Kings of Leon, groupe rock américain inventif à l’énergie communicative, et ceux qui ont appris au dernier moment le nom de la première partie du concert, à savoir les MGMT. Les premiers attendaient sagement que les Kings of Leon montrent leur maîtrise parfaite de la scène, les seconds erraient dans le grand hall du Zénith, la déception dans la voix.
Concert au Zénith
Clip
Pub MGMT pour Numéricable
Porté par la publicité pour une grande marque, la musique léchée de MGMT navigue entre l’électro fusion et la pop rock organique, offrant de riches mélodies et des arrangements chiadés, une excellente production, un album parfait. Alors pourquoi une telle gêne après leur performance ? Tout simplement parce que personne n’aime voir son groupe adoré se vautrer en live, cela donne une sensation d’impuissance similaire à celle qu’on ressent quand on s’est fait arnaqué ! À aucun moment de leur carrière les Kasabian n’ont joui d’une notoriété comparable à celle qu’ont connu les MGMT durant l’été dernier. Que devons-nous en conclure ?
Fils de Pub
Que la scène est l’ultime épreuve et que ceux qui ne savent pas faire de live doivent péricliter ? peut-être pas. Peut-être est-il nécessaire de laisser faire un certain libéralisme qui n’utilise pas la musique pour ce qu’elle est - ce qui se manifeste en concert - mais pour ce qu’elle véhicule, à l’instar des grandes marques qui par le biais de leurs spots publicitaires ont mis en lumière des groupes tels que les anciens Electric Light Orchestra, Peter Björn and John, Pink Martini, ou le très reconnu Moby. Autant de groupes pour lesquels il n’est pas (ou plus) nécessaire de faire leur preuve sur scène et qui gagnent suffisamment d’argent (largement suffisamment) pour continuer leurs productions sans s’inquiéter d’acquérir le plébiscite du public.
Alors finalement, à quoi « sert » la musique ? À véhiculer une image, comme nous le dit Karl Lagerfeld, pour qui musique et mode sont une seule chose ? Ou à communiquer de nouvelles émotions à un public à conquérir, laborieusement, par des mélodies franches et accessibles, mais en même temps novatrices et étonnantes ?
Les puristes ne voudront jamais entendre parler de musique « de fond », ces fameuses mélodies qui servent à vendre, mais pour bien d’autres auditeurs, s’il n’y a pas d’image, il n’y a pas de message, une musique qui ne veut rien dire à part ce qu’elle est, n’est pas accessible à tous. Preuve de cette - nécessaire ? - complémentarité de m’image et du son ? La deuxième playlist la plus écouté sur Deezer n’est autre que Musique de Pub, une production du site www.musiquedepub.tv.
Entre les musiques pour pub et les musiques pour scène, c’est tout un monde : deux types de public, deux types de financement, et deux types de performance, donc. Mais ces mondes se rejoignent aussi, comme pour les Ting tings, les Fratellis ou Chinese Man, formidables sur scène et en réclame. S’en dégagent une véritable complémentarité entre labels indépendants, performances scéniques et médiatisation pubeuse.
Pub Fanta avec Shut up and let me go des Ting tings
Pub I-Pod avec Flathead des Fratellis
Pub Mercedes avec I’ve got that thune, de Chinese Man
Les grandes marques ont pris la suite du jeu des majors, et la scène a repris son rôle.
Y en a-t-il encore parmi nous pour déplorer le naufrage des grosses maisons de production à présent ?








November 7th, 2009 at 15 h 52 min
Hello,
J’aime beaucoup ton analyse. Mais tu oublies de prendre le parti des groupes: le parti financier.
Aujourd’hui, la seule facon pour un groupe de gagner de l’argent, c’est de faire des concerts, des tournées. Et afin de remplir des salles (plus ou moins grandes), ca ne depend plus de l’album qui vient de sortir… Malheureusement ca depend d’une musique entendu dans une pub, dans un film ou autre… Il suffit donc d’une seule bonne chanson (quand je dis bonne, je pense commerciale, efficace, etc…) pour reussir à reussir sa tournée…
Je fais partie de ces gens qui entendent une chanson et qui se disent: ‘cool je vais acheter une place pour leur concert’… J’ai donc vu MGMT… Et debout devant la scene, j’ai decidé de couper court et de rentrer chez moi… Decu d’avoir acheté ma place… Et meme pire decu de m’etre deplacé.
Ce qui m’interresse, c’est le pourquoi. Pourquoi une grande partie de la musique vient de la pub et du ciné??
Parce que plus personne n’achete d’album… Les artistes ont donc besoin de trouver d’autres moyens de gagner de l’argent… La musique de pub en est un. Je pense aux Hushpuppies, qui à une epoque avait 2 de leurs chansons dans des pubs grace à leur excellent premier album… Et bien aussi triste que ce soit, le deuxieme album etait horrible sauf une seule chanson, qui est devenue une musique de pub… Tout est calculé…
Heureusement que certaine artistes ne nous decoivent jamais…