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Sarkozy a-t-il le virus Mitterrandien ?

Posted on 09 July 2009 by Emmanuel Haddad

“Un Mitterrand ministre du gouvernement Sarkozy, c’est assez étonnant…”, demandait récemment une journaliste de France 2 au nouveau Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. “Oui, bah… Sarkozy a bien été ministre au temps de Mitterrand”. Et oui, on arrête plus de s’étonner de l’entourage mitterrandien du président avec en dernier lieu le neveu de la famille, et l’ancien ministre socialiste Michel Rocard. Au point de se demander si le Président bling bling ne fait pas tout pour ressembler à un Mitterrand pour nouveaux riches…

sarkozy a-t-il le virus Mitterrand ?Rappelez-vous, c’était le 26 avril 1981 au soir. François Mitterrand franchissait la ligne d’arrivée d’une longue période de grignotage du vote communiste, amorcée par le programme commun entre PS et PC lors du Congrès d’Epinay de 1971. Le résultat des scrutins est sans appel : 25,85% pour le candidat du PS, 15,35% pour Georges Marchais qui tombe en quatrième position. C’est une défaite historique pour le parti communiste qui ne s’en remettra jamais.

26 ans plus tard, Nicolas Sarkozy réédite le coup avec le Front National. N’hésitant pas à tendre la main aux frontistes durant sa campagne : “le Pen n’est pas propriétaire de ses voix. Je parle à ses électeurs, comme à tous les électeurs”, Sarko a réussi à faire chuter la popularité d’un le Pen encore tout groggy du 21 avril 2002, tout en remportant une belle victoire face à la gauche. Alors pour cette brillante stratégie d’union de la droite merci qui ? Merci François Mitterrand ! Mais en avançant qu’ “il y a du Mitterrand dans… Sarkozy” au lendemain du premier tour des présidentielles de 2007, l’éditorialiste des Echos Françoise Fressoz ne croyait pas si bien dire.

Les vieux mitterrandiens rejoignent le cercle sarkozyste

Jacques Attali

Déçus de la campagne de Ségolène Royale ou avides de pouvoir, les anciens mitterrandiens n’ont pas tardé à rejoindre le clan de Sarkozy. Un à un, comme les pétales d’une rose qui se fane, ils sont allé nourrir le jeune chef d’Etat d’idées rosées. Premier sur la liste, Jacques Attali. L’éminence grise de François Mitterrand est chargée le 24 juillet 2007 par Nicolas Sarkozy de piloter une « Commission pour la libération de la croissance française » vite renommée Commission Attali. « Le moment est venu… Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan ». Pas de politique politicienne dans les 316 propositions du docteur Jacques, juste l’envie de servir la France, comme il la servait sous Mitterrand. Le conseiller avait-il pressenti que Sarko était de la même espèce que Mitterrand, celle des leaders ?

Sarkozy dépasse Mitterrand sur sa gauche et se fait chantre de l’ouverture

Alain Minc

Avec sa réforme de la télévision publique, Alain Minc a même incité le chef de l’Etat à dépasser Mitterrand sur sa gauche : «Tu dois continuer à jouer à contre- emploi. Pourquoi pas sur la télé ? François Mitterrand l’avait privatisée, tu peux être celui qui va la nationaliser.» soufflait le président du conseil de surveillance du Monde en hiver 2007 à l’oreille de Nicolas Sarkozy… Avec les résultats que l’on connaît. Bon, ok, Alain Minc n’est pas Mitterrandien jusqu’au bout des ongles. Après avoir voté Mitterrand en 1981, il n’a pas hésité à soutenir Edouard Balladur (dont Nicolas Sarkozy était le dauphin) en 1995. Il s’en expliquait au Nouvel Economiste en 2005 : « Je suis un libéral de gauche, ce qui est plein d’avantages. Je suis de gauche pour mes amis de gauche et libéral pour mes amis de droite ». Ce même Alain Minc recommandait à Sarko de nommer Bernard Kouchner, icône de la gauche caviar humanitaire, au poste de Ministre des Affaires Etrangères : « avec lui, au moins, tu rigoleras dans les longs trajets en avion ». L’argument, encore une fois, à fait mouche.

Le RSA, plus fort que le RMI

Michel Rocard et Francois MitterrandMichel Rocard, Premier Ministre de Mitterrand en 1988, au début de son second mandat, est l’homme qui a lancé le RMI (Revenu Minimum d’Insertion) puis la CSG (Contribution Sociale Généralisée). En novembre dernier, il n’est pourtant pas resté insensible dans une interview au quotidien Le Temps à « un type talentueux, qui s’appelle Nicolas Sarkozy, [qui] a exploité la convergence des volontés de quelques grands Etats européens » pour faire face à la crise. Le RMI aura servi d’inspiration au RSA, le dernier outil de la politique d’ouverture du gouvernement. Etonnant encore une fois de voir à quel point le RMI mitterrandien et le RSA sarkozyste (Revenu de Solidarité Active entré en vigueur le 1er juin) se complètent. Quand à Michel Rocard, il vient de rejoindre Alain Juppé à l’appel de Nicolas Sarkozy pour diriger une commission de réflexion sur le grand emprunt.

Le grand Emprunt

umpsCe gadget budgétaire est le dernier coup d’éclat mitterrando-sarkozyste. On se souvient d’un précédent en la matière. C’était en 1993, avec Edouard Balladur, le Premier Ministre de… François Mitterrand ! Attention car à force de reprendre les idées des années Mitterrand, Nicolas Sarkozy risque de se faire taxer de socialiste par ses amis UMP. Déjà une pétition « Stop l’ouverture » de « militants UMP qui soutiennent Sarkozy » s’insurge contre l’UMPS, ce gouvernement bicolore qui prend forme avec l’ouverture à la gauche : « débaucher d’anciens mitterrandiens comme Jack Lang, d’anciens ministres de Jospin comme R-G Schwartzenberg, ou des écologistes girouettes comme JL Bennahmias et Yann Wehrling (qui ça ?) aussi rouges à l’intérieur que verts à l’extérieur… n’aurait aucun sens, ni aucun intérêt, bien au contraire. »

Une affaire de famille

Ce que craignent par-dessus tout les défenseurs de l’identité de l’UMP, c’est que Sarko prenne les habitudes de la gauche à force de s’entourer de socialistes reconvertis. Mais pas de doute pour l’instant, l’ouverture continue à affaiblir le camp de la gauche, s’il faut en passer par quelques avancées sociales, appelons cela de l’intelligence politique. D’ailleurs, la femme de l’ex-président socialiste ne voit aucune contradiction au ralliement d’anciens mitterrandiens dans le clan sarkozyste. Danielle Mitterrand se réjouit que la politique d’ouverture ait permis à la gauche de se libérer de ses « pseudos-socialistes »… Merci Danielle, on commençait vraiment à croire que Sarko avait attrapé le virus de la gauche !

1 Comments For This Post

  1. Aurel Says:

    Danielle Mitterrand est restée purement socialo-communiste et donc aux anti-podes d’un projet progressiste et social-démocrate avec lequel un candidat du PS ou du centre peut battre la droite conservatrice et sarkozyste en 2012. Pour preuve récente, elle a voté non au TCE en 2005. Elle raffole aussi de Fidel Castro.

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