Après la mort, dimanche dernier, de Yakou Sanogo, un jeune homme de 18 ans qui tentait d’échapper à la police à moto, la tension est montée à Bagnolet. L’affrontement entre les jeunes du quartier et les forces de l’ordre, barres de fer contre flash ball, était imminent. Un fait divers en plein été qui nous a inspiré ce pastiche « old school ».
Il est 18h au Café des sports de Bagnolet, et Gaston Pinardier – charcutier en retraite - attaque son sixième Picon-bière, le sourire aux lèvres. Alors qu’il entame une profonde discussion avec Raoul Glandieux, adjoint au maire « divers droite » et patron du funérarium local, sur la question de l’imposition des petits commerçants, une voiture banalisée de la Police Nationale s’approche.
Vvvvrrrrrouuummmm….. Il s’agit d’une auto banale, voire banalisée de la « Bac », des durs de dur…. A l’approche du café des sports ces pros sentent bien qu’il y a quelque chose qui « cloche » dans le coin …. La main agrippée nerveusement sur leurs Manurhin « spécial Police » respectifs, les « bleus », agents assermentés de la force publique, s’approchent avec le déhanchement de félins affamés vers leur cible grasse, tels des chasseurs experts… Soudain, la porte du Café des sports vole en éclat… Les flics ceinturent immédiatement Gaston Pinardier, qui vient de s’allumer une Gauloise sans filtre, en dépit de la loi interdisant la consommation de tabac dans les lieux publics. Tentant d’échapper à l’assaut des forces de l’ordre, Gaston Pinardier et son ami Raoul Glandieux, se dirigent sans délais vers la sortie de secours du Café des sports…. Mais soudain c’est le drame… Un jeune gardien de la paix, encore stagiaire, qui était en train de rédiger – un sourire aux lèvres - un procès verbal vengeur, dégaine son arme de service et tire trois coups de feu en direction de Gaston Pinardier qui, sans être touché, se cogne mortellement contre le panneau « STOP », au croisement de la rue Edgar Piolet, des grands ensembles et de la rocade Guy Moquet… en faisant un très sonore « BONG » mortel. Très vite les pompiers montrent le bout de leurs nez, sous le feu d’un caillassage incessant, et malgré un très professionnel massage cardiaque sur la victime, en arrivent à cette sinistre conclusion : Gaston Pinardier est mort !
“Police partout, justice nulle part !”
La rage empourpre immédiatement le visage de Raoul Glandieux, 65 ans, son meilleur ami, qui laisse choir, au sol du Café des sport, son verre de Calva… 20 h, heure de Bagnolet…. Raoul appelle ses potes, sur son téléphone portatif GSM. « Eh les gars, bordel, venez, on ne va pas se laisser faire par la société capitaliste et phallocrate qui nous opprime, sans parler des flics qui nous harcèlent jusqu’au Café des sports, à cause de notre goût du tabac, de la vie d’avant et du travail bien fait ! »… Minuit…. les 180 pensionnaires de la « Clinique des Mimosas » sont dans la rue, à Bagnolet, des pavés à la main…. prêts à en découdre avec les CRS dépêchés pour l’occasion…. 2 h du mat’… une Talbot Horizon année-modèle 1977 prend feu. Possession d’un pauvre. 2H10 une Opel Astra année-modèle 1991 se consume sous le regard ébahi des policiers… Il faut se rendre à l’évidence… les petits vieux crament des caisses ! En trois heures 200 véhicules flambent…. les vieillards révoltés s’en donnent à cœur joie, canne d’une main et jerrican d’une autre… Comme si la mort de Gaston Pinardier pouvait rester impunie !
Passé 3h du matin, la violente confrontation s’estompe… Il commence à faire froid, nuitamment, sur Bagnolet…. Les slogans vengeurs « Police partout, justice nulle part ! » ou encore «Gaston tu n’es pas mort pour rien » commencent à se confondre avec le silence de la nuit…. Les rues sont maintenant désertes. La carcasse d’une vieille Super 5 Renault série limitée « Jacques Séguéla » est encore fumante à la sortie de la ville…. L’émeute a été proprement sauvage, mais joliment matée…. Les amis de Gaston Pinardier - « tu n’es pas mort pour rien ! » - n’ont laissé aucune marge de manœuvre aux « puissants »…. ces « salauds » …. c’était vengeance, vengeance, vengeance ! 6 h du matin…. une fourgonnette de BFM TV arrive en trombe avec un klaxon fantaisie. 6H12, une jolie JRI filme les décombres. 7H08, elle prend l’antenne en direct, pleine de blondeur. Tout Bagnolet est endormi après cette longue nuit. Sur le plateau du journal un sociologue spécialiste des vieux lâche « Je comprends tout à fait ce ras le bol des séniors… leur violence s’explique certainement par l’indigence de leur niveau de vie…. Vous savez c’est à cause de…. ou bien de la faute à…. ». A 7h13 c’est la pub, 47 secondes, plus des bandes annonce, et au quart – Dieu merci ! - le journal des sports…









