Besancenot par ci, Besancenot par là : si vous cherchiez la nouvelle star de la gauche, vous l’avez trouvé. Populaire, médiatique, dynamique, le facteur de Neuilly-Sur-Seine, s’il se bat contre les idées de l’UMP, partage de nombreux intérêts avec notre actuel Président de la République. Décryptage.
Il suffit de taper le nom du fondateur du NPA dans Google actualité pour se rendre compte du mal dont il est atteint : une sarkoïte aigüe ! Besancenot en Guadeloupe, Besancenot conte l’ultralibéralisme, Besancenot séduit les banlieues, Le pari du grand parti, Les raisons de sa succès story, et, enfin, Besancenot considéré comme le meilleur opposant à Sarkozy. Et pour cause : si tous les sépare sur le plan des idées politiques, l’ancien maire de Neuilly et l’actuel facteur du dimanche de la même bourgade se ressemblent étrangement. Même omniprésence dans les médias, même ferveur populaire, même culte de la personnalité. Ils ne partagent pas le fond, mais s’entendent sur la forme. Leur ennemi est d’ailleurs commun : le PS. Et, comme chacun sait, les ennemis de mes ennemis sont mes amis.
Copains comme cochons
Sarko et Besancenot sont des pragmatiques. Le premier peut faire campagne sur le pouvoir d’achat et, dans le même temps, s’afficher tout bling-bling dehors sur le Yacht de son ami Bolloré. Tout comme le second condamne le néolibéralisme et la propriété, mais n’hésite pas à devenir propriétaire d’un appartement de 55 m² dans le 18ème. En copropriété avec sa femme, of course, la non moins bling bling Stéphanie Chevrier, éditrice péroxydée et siliconée de la maison d’édition chic et choc Flammarion, au cœur du très prolétaire 6ème arrdt. Sitôt les médias se sont-ils intéressées à cette Carla du pauvre que le facteur s’est montré outré de cette ingérence dans sa vie privée. Tout comme le bon Sarko faisait la morale aux journaleux qui osaient commenter le départ de Cécilia.
Il faut reconnaître au leader du NPA de n’avoir pas instrumentalisé sa vie privée. Il n’avait d’ailleurs aucun intérêt à le faire. Mais outre ces anecdotes qui, au mieux, vous feront sourire, je tiens à vous rassurer : Besancenot ressemble autant à Sarkozy que Le Pen ressemblait à Mitterrand.
L’habileté du Florentin
Comment Tonton s’est-il assuré 14 années de monarchie socialisante ? En créant un cyborg capable de fragmenter l’électorat de droite : Jean-Marie Le Pen himself. Avril 1981 : le chef du FN ne parvient pas à réunir ses précieux 500 parrainages. Avril 1988 : il est candidat à l’élection présidentielle et recueille 14 ,39 % des suffrages. C’est de la magie. Mais pas de la magie noire, de la magie rose. Un tour unique menée de main de maître par François Mitterrand. En guise d’entrée en scène, « Dieu » invite son ministre de la communication à diriger l’attention des responsables des sociétés de chaînes sur le manquement médiatique dont Jean-Marie Le Pen aurait été la victime. Si Sarkozy nomme aujourd’hui le patron de France-Télévision, on peut constater à quel point l’indépendance des chaînes était acquise du temps de la gauche…
Parenthèse fermée, revenons à notre spectacle. Mars 1985 : adoption du mode de scrutin à la proportionnelle. Mars 1986 : 35 députés du Front National sont élus alors que l’alliance RPR-UDF et divers droite n’obtient que 3 députés de plus que la majorité absolue (291 pour 288). Coïncidences ? Sans parler de la proposition de droit de votre aux immigrés aux élections locales, histoire de jeter un peu plus d’huile sur le feu de haine du fascisme rampant. Avril 2002 : Le Pen au second tour.
Quand l’histoire se répète
Comment Sarko tente-t-il de se concocter 10, voire 15 années d’impérialisme autoritaire ? En s’assurant un opposant à sa taille : le gigantesque Besancenot. Mars 2007 : Le candidat de l’UMP annonce qu’il se “battra” pour que Besancenot ait ses 500 parrainages. Avec plus de 4 % des suffrages en 2002 et en 2007, Olivier Besancenot devient le 5ème force politique française, et la deuxième force de gauche. Pour Jean Sarkozy, interviewé par Le Figaro le 20 mai dernier, “Olivier Besancenot est très bon !” D’accord, mais bon pour qui ? Peut-être bien pour son papa qui s’est dépêché, une fois élu et profitant de la courte allégresse d’un début de mandat, de nommer plusieurs ministres d’ouverture, histoire de piétiner un peu plus la crédibilité d’un PS moribond, plus que jamais visé par l’étiquette “Bonnet blanc, blanc bonnet”. Entre Sarkozy et Besancenot, il n’y a donc plus rien, plus aucune alternative, comme le titrait déjà Philippe Cohen dans un édito de Marianne en novembre 2007.
Comme on ne prête qu’aux riches, la crise financière viendra regonfler les voiles de la LCR, qui vous prédisait cette déroute depuis bien longtemps. Le NPA vient à point nommé pour asseoir dans l’inconscient collectif le facteur de Neuilly comme le meilleur opposant de Nicolas Sarkozy, sondage du 12 février dernier à l’appui. Plébiscité par 23 % des sondés comme le mieux à même de faire face au chef de l’Etat, il s’offre le luxe de mettre 10 points dans la vue de la nouvelle première secrétaire du PS, et totalise 17 points de mieux que Royal et Bayrou, tout deux sur le podium de la dernière présidentielle.
Sarkozy disciple de Mitterrand
L’actuel chef de l’Etat n’a nul besoin de promouvoir le succès du NPA ; la crise actuelle s’en charge très bien toute seule ! Chaque manifestation sociale est l’occasion de démontrer la montée en flèche du jeune porte parole d’extrême gauche. Sans compter que l’apparition du Modem prive le PS d’une quelconque réorientation au centre.
La situation politique est donc parfaite pour 2012. En tout cas pour les sarkozistes : Besancenot au pire à 10, au mieux à 15, Bayrou à 15, tout comme le PS. A moins que ce dernier choisisse de renouveler la performance de la droite en 1995 : deux candidats, Ségolène et un leader des éléphants au choix, Delanoë, Aubry et Straus-Khan au casting, dans les rôles de Chirac et Balladur. Ce qui effacerait toute chance au candidat PS d’être crédible au deuxième tour face à un Sarkozy ronronnant à 25 %.
On disait que la gauche avait perdu les élections de 2007 parce qu’elle n’était pas assez à droite. On lui reproche déjà de n’être pas assez à gauche. Besancenot assure, à chaque élection, qu’il refuserait, une fois élu, la présidence de la République. Qu’il se rassure : ce dilemme ne se présentera jamais. Mais son long quart d’heure Warholien nous condamne bien, au minimum, à une décennie de sarkozisme…







