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Où est passée la gauche ?
Épisode 4 : Le Modem est-il “de gauche” ?

Posted on 02 September 2009 by Sebastien Claeys

Une tête à gauche, une autre à droite : la politique à la Janus du Modem a atteint ses limites aux dernières européennes. Vers un changement - début ? - de cap ?

François Bayrou le Janus de la politique ? Avis aux nostalgiques ! Sous les apparences du bon père de famille et du paysan modeste qui a réussi, François Bayrou est aujourd’hui l’homme qui veut ressusciter le grand Parti Radical de la IIIe République, parti déchu aux airs de Janus : une tête à gauche, une tête à droite.

Face à l’importation en France de la droite néolibérale inspirée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, Bayrou profite de l’incurie du PS pour importer une option social-démocrate pleinement assumée. Son bestseller, Abus de Pouvoir, est révélateur de cette tentative. Contre le modèle néolibéral du président de la République, incarné par « l’acceptation de la montée des inégalités, la concentration [...] de toutes les puissances, économiques, financières, politiques, médiatiques, entre les mains d’un groupe », François Bayrou propose de « trouver du progrès social sans violence, sans dictature du prolétariat, sans nationalisations ». Pour lui, « il ne peut y avoir du progrès social qu’en défendant les libertés et la responsabilité du citoyen ».

Déguisement

En somme, la voix de la sagesse et du conservatisme face aux attaques du réformiste Sarkozy. Cette position qui conjugue habilement une sensibilité « sociale » avec l’approfondissement du libéralisme économique a de quoi séduire ses nouvelles recrues, issues de la gauche, et une partie des militants du PS. A en croire le discours de Marielle de Sarnez « déguisée en socialiste » (dixit Arnaud Montebourg) dans les Ateliers d’été d’Espoir à gauche menés par Vincent Peillon, le Modem se positionnerait désormais contre le bouclier fiscal, les « bonus scandaleux des traders » et pour de « nouvelles formes de production et de consommation ». Des positions plus socialistes que celles des socialistes eux-mêmes, saluées par l’euphorie des militants d’Espoir à Gauche, prêts à adopter la giscardienne sans délais pour rénover le PS.

Droitisation

Malgré cet élan d’enthousiasme, le véritable dénominateur commun entre le PS et le Modem reste l’anti sarkosysme stigmatisé par la presse comme la raison principale de l’échec du PS et du Modem aux élections Européennes. «Nous venons d’horizons divers mais si nous croyons qu’il y a de l’insupportable dans ce qui se fait aujourd’hui [...] alors ce qui nous rassemble est plus fort que ce nous divise.» Ce manque de réelle perspective commune en dehors d’une stratégie d’opposition sème le doute au sein du Modem. Les « nouveaux du Modem », jeunes diplômés issus des classes sociales favorisées et aux idées progressistes ne font pas toujours bon ménage avec les « anciens de l’UDF », catholiques sociaux plus réservés sur les « questions de société ». Pourtant, la plupart des adhérents plébiscitent une alliance Modem-PS tandis que les socialistes semblent globalement plus méfiants.

Un point majeur de différence avec les sociaux-démocrates qui redoutent que les avances du Modem et son discours soudainement « de gauche » soient le cheval de Troie d’une droitisation encore plus forte du PS. La bataille est engagée entre ces deux courants, proches malgré leurs traditions politiques quasiment antagonistes comme le souligne Daniel Cohn Bendit, remarquant l’urgence de faire un «inventaire des valeurs de gauche ». Un ultime sursaut identitaire avant une fusion à l’italienne de la gauche libérale et du centre droit ?

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