15 millions de téléspectateurs, soit 5 fois plus que le nombre de manifestants le 29 janvier dernier. Sarkozy plus rassembleur que les syndicats, c’est en tout cas ce qu’il a du se dire dans son lit pour se rassurer. En attendant le 18 février prochain et sa rencontre avec les partenaires sociaux.
Brillante leçon de communication
Rendons à César ce qui appartient à César. Ou plutôt à Guaino ce qui appartient à Guaino. Funambule des chiffres, expert des dossiers, Nicolas Sarkozy s’est livré hier soir à un exposé “pédagogique” de la situation de la France en pleine crise financière. Très à l’aise face à des journalistes sous Xanax, notre omni-président avait tout du cadre dynamique en pleine réponse à un appel d’offre. Il ne lui manquait qu’un Power Point pour rentrer totalement dans le rôle. “Mon métier est très difficile” confesse l’employé modèle du Faubourg St Honoré. Qui peut se rassurer, en ces temps de licenciements massifs, de pouvoir bénéficier de la sécurité de l’emploi, fonctionnaire oblige. Au moins jusqu’en 2012 !
Slide après slide, Sarkozy enchaîne les effets d’annonce : augmentation de l’indemnisation du chômage partiel et du chômage des jeunes, suppression de la première tranche d’impôt sur le revenu, “chèque emploi-service payé par l’État pour les personnes âgées ou les mères de famille seules”… Et voilà comment on résout “la plus grave crise du siècle” ! Sans compter toutes les autres réformes en cours, de la suppression du juge d’instruction à la réforme du Lycée : “Elles restent d’actualité” assure-t-il. Nous voilà rassurés !
Un discours d’idéologue
Pragmatique, Speedy Sarko ? Pas si sûr… Surtout si l’on prend en compte sa mesure phare : la suppression de la taxe professionnelle pour protéger l’activité économique. Relance par l’investissement et non par la consommation : une vision manichéenne de l’économie, un réductionnisme certes pédagogique, mais qui a davantage sa place en terminale ES que sur un plateau de télévision…
Fonctionnaire, pédagogue : Sarkozy serait-il devenu prof ? Dans tous les cas, son pouvoir d’achat dépasse largement celui de ces nouveaux collègues, puisqu’il est prêt à débourser 8 milliards pour financer la suppression de la taxe professionnelle. 33 milliards en incluant les prêts aux banques. Par quel impôt va-t-on remplacer cette taxe ? Par la taxe carbone répond notre leader, en se garant bien de rentrer dans des détails qu’il ignore.
Si Sarkozy n’est pas De Gaulle, il pourrait bien devenir Chirac.
Style présidentiel
Sarkozy se veut un Président d’ouverture… Pourtant, tout semble démontrer le contraire. Comme sa vision de l’économie, totalement ancrée à droite, sans concession. “La plus grave crise du siècle” aurait légitimé un gouvernement d’unité nationale. Et c’est l’exact opposé qui s’est produit, au travers des nominations de Devedjan à la relance et de Hortefeux au travail, les deux ministres les plus à droite du gouvernement. Sarkozy se veut ouvert et pragmatique. Il est idéologue et fermé.
Ce qui ne l’empêche pas de se comparer à ses illustres prédécesseurs à l’Elysée, tous des “patrons”, des “leaders”. “Vous croyez vraiment que le général de Gaulle ne décidait pas ?”, demande le chef de l’Etat pour justifier son style présidentiel. Certes, mais en 1945, il fut aussi à l’initiative du seul et unique gouvernement d’unité national, de la gauche de la gauche à la droite de la droite.
Si Sarkozy n’est pas De Gaulle, il pourrait bien devenir Chirac. L’année 2009 s’annonce catastrophique : croissance nulle ou négative, déficit commercial record (55, 7 milliards d’euros), hausse du chômage, mouvements sociaux… La tentation sera forte de se réfugier dans la politique internationale aux côtés d’un Barack Obama plus glamour que son premier Ministre. Au grand plaisir de Carlita, qui préfère sans doute New-York à Gandrange… Mais François Fillon, totalement transparent, ne pourra pas protéger son président de la vindicte populaire. Comme ce fut le rôle des Juppé et Raffarin. En piétinant le fusible de l’exécutif, Sarkozy a joué aux apprentis électriciens. Ce qui pourrait bien le priver, en 2012, des lumières de l’Elysée…









février 6th, 2009 at 15 h 10 min
Une analyse très fouillée, un ton nouveau…Ca fait plaisir !
février 6th, 2009 at 16 h 08 min
@Min-jung
En effet quel talent, on a l’impression d’être sur contre-feux.com, la rigueur en plus, la retenue en moins…