La Cour des Comptes vient d’épingler l’Elysée sur ses dépenses excessives en matière de sondages. Le château a notamment facturé plus de 1, 5 millions d’euros un cabinet de Conseil pour analyser les précieux résultats. Derrière ce cabinet, Patrick Buisson, éditorialiste d’extrême droite peu connu du grand publique mais peut-être le plus influent conseiller du chef de l’Etat. Retour sur l’homme à qui Sarkozy avoue devoir sa victoire en 2007…
Sarkozy prit au piège de l’arroseur arrosé ? Le premier rapport de la Cour des Comptes sur les dépenses de l’Elysée depuis le début de la Vème République, instauré par le chef de l’Etat dans un soucis de transparence, vient de se retourner contre les intérêts du château : le rapport piloté par le malin Séguin épingle les dépenses de l’Elysée en matière de sondages, et pointe du doigt un mystérieux cabinet d’étude, chargé d’interpréter les dits sondages, et facturé plus de 1,5 millions d’euro par an, sur la base d’un contrat d’une page seulement…
Deux problèmes en un viennent éclabousser les arcanes du pouvoir. D’abord l’indépendance des médias, puisque les sondages commandés à l’institut OpinionWay ont été également publiés dans des organes de presse de droite, comme Le Figaro ou LCI. Ensuite les larges honoraires du mystérieux cabinet d’étude, Publifact, dirigé par Patrick Buisson, éminence bleu foncée de Sarkozy depuis sa victoire en 2007 grâce au hold-up des voix du Front National. Buisson, journaliste politique mal connu du grand public, proche de l’extrême droite, et peut-être encore plus influent que Gaino et Guéant réunis…
Quand l’Elysée arrose la presse de droite de sondages « clé en main »
Depuis que la politique est devenu une affaire de communication, les différents chef d’Etat, Giscard, Mitterrand, Chirac et maintenant Sarkozy, sont devenus « addict » à ses nouveaux oracles. La Pitie de la rue du Fbrg St Honoré fut longtemps l’institut Sofrès. Nicolas choisit Opinion Way, né en 2000, et qui a l’avantage d’utiliser Internet pour réaliser ses précieuses incantations. Une méthode moins fiable mais plus facilement manipulable selon les spécialistes.
L’ennui, c’est que «sur les 35 études diverses facturées en 2008, au moins 15 d’entre elles avaient également fait l’objet de publications dans la presse». Traduction : ces enquêtes, diffusées dans le Figaro et sur LCI, ont été commandées et payées par les organes de presse, comme le soutient Mougeotte, confirmé par Guéant : “On commande des sondages, si des journaux veulent acheter les mêmes, nous, on n’y peut rien! [...] Nous, ce qui nous intéresse dans les sondages, ce n’est pas du tout les éléments bruts (…) ce qui nous intéresse, c’est d’avoir tous les fichiers détaillés des sondages, c’est-à-dire les opinions par tranche d’âge, catégorie socio-professionnelle…, cela fait des dizaines de pages” assène-t-il sur le ton du bon pédagogue… Sauf que la ventilation des sondages commandés par les journaux, à savoir les dizaines de pages invoqués par Guéant, sont redistribuées gratuitement aux acteurs politiques qui le souhaite.
Donc, si l’on s’en tient aux arguments de Guéant, l’Elysée aurait payé les mêmes sondages que LCI et Le Figaro juste pour augmenter le déficit public ! En réalité, Sarkozy et ses conseillers ont commandé 35 études dont 15 des plus favorables au gouvernement ont été gracieusement offertes aux deux médias de droite. Raison pour laquelle la société des rédacteurs du Figaro a fait part de sa “consternation” après ce rapport de la Cour des comptes et prie sa direction de “mettre immédiatement un terme à ce type de coproduction qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe”.
Buisson : l’hémisphère droit de Sarkozy
Comme le rapport de la cour des Comptes sur le budget de l’Elysée est une première dans l’histoire de la Vème république, bien malin celui qui pourra prétendre que cette proximité malsaine de deux médias et du noyau dur de l’exécutif est une première ! La véritable actualité, pour le grand public, est la médiatisation du personnage Patrick Buisson, ancien journaliste à LCI mais aussi au quotidien d’extrême droite Minute, et actionnaire majoritaire du cabinet de conseil Publifact, chargé d’interpréter les sondages commandées à Opinion Way pour la modique somme de 1, 5 millions d’euros par an. Il faut dire que Buisson est un « très » proche du Chef de l’Etat. Peut-être le plus proche. Et le plus discret…
Sarkozy : « C’est à Patrick que je dois d’avoir été élu »
C’est par ce commentaire que le chef de l’Etat décerne en 2007, quatre mois après sa victoire sur Ségolène, la légion d’honneur à Patrick Buisson. C’est lui qui conseilla à Sarkozy de muscler son discours sur les questions d’insécurité et d’immigration, convaincu que l’élection présidentielle allait se jouer sur les terres électorales du Front National. Une conviction qui s’avéra totalement juste.
Un ovni politique
Mais Buisson a vite compris que Le Pen allait ostraciser son parti dans de vieux oripeaux à l’idéologisme nauséabond… Et préfère les habits d’éditorialiste d’extrême droite à ceux de militants, trop voyants.
Il faut dire que l’homme est trop intelligent pour s’enfermer dans une caricature fasciste. Il revendique une originalité rare dans son positionnement politique, à la fois libéral et réactionnaire, ce qui lui permet de se fondre dans le décor des pages opinion du Figaro et des plateaux de LCI. Les deux médias justement impliqués dans la diffusion des sondages commandés par l’Elysée et analysés par son cabinet de Conseil…
Buisson sera donc l’un des seuls proche de la droite dure française à jouir d’une si grande respectabilité et crédibilité. Ainsi, ses collègues journalistes, comme Pujadas, Field, ou son contradicteur Olivier Duhamel admirent son talent d’analyste. Tout comme les politiques, de droite ou de gauche, qui ne tarissent pas d’éloge, de Mélenchon à Devedjan en passant par Cambadélis. Sans oublier De Villiers et Madelin, mais aussi Bayrou, qui lui acheta des analyses en 2002 pour préparer les présidentielles. Le même Bayrou qui dénonçait avec Ségolène Royal la manipulation des médias et des sondages au profit de l’UMP en 2007. Sondages qui passaient déjà par le filtre de Publifact, le cabinet de conseil de Buisson. Le patron du Modem était donc prêt à payer les analyses de celui qui deviendra, selon les accusations de Bayrou lui-même, le chef d’orchestre de la propagande de l’Elysée en matière de sondages…
Au-dessus de Gaino et Guéant : le « Buisson » ardent
Cette popularité n’enlève en rien les convictions politiques du conseiller de Sarkozy, ancrées à la droite de la droite. Car pour Patrick Buisson, l’extrême droite n’existe pas. Pas plus que son électorat. Il s’agit simplement d’une partie de la famille de la droite classique, abandonnée par Chirac au Front National pour avoir trop gauchiser le RPR avec sa fracture sociale et sa tardive europhilie. C’est donc tout naturellement qu’il pronostique, au point près, l’échec essuyé par l’UMP avec le non au referundum de 2005 sur la constitution européenne. « Tu m’as scotché ! » avouera Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et qui prendra le devin comme conseiller secret. Son influence devient de plus en plus grande, à tel point qu’il est « le seul à faire taire Sarko », selon un proche.
Guaino et Guéant, colbertistes et gaullistes, voient d’un mauvais oeil l’influence du libéral-nationaliste. Car si le Ministère de l’immigration est une coproduction Gaino-Buisson, Les racines chrétiennes de l’Europe, le discours de Latran dans lequel le prêtre supplante les prérogatives de l’instituteur, c’est du pur Buisson. Tout comme l’exploitation des incidents Gare du Nord.
Pourquoi son influence est-elle si forte sur Sarkozy ? Peut-être parce-que l’ancien politolgue de LCI à acqui dans la maison Bouygues, une certaine dextérité à manipuler, par ses analyses, le sens des sondages. Afin de donner toujours plus de poids et de fondements aux conseils droitiers qu’il prodigue à l’Elysée…
Alors que l’influence gauche caviar de Carla Bruni est reprise en coeur par tous les médias, l’éminence la plus influente de Sarkozy ne semble pas être rose saumon fumé, mais bien plutôt bleu foncée. Buisson s’est toujours méfié d’une notabilisation du régime de Sarko 1er. La période Bling-bling s’est achevé à cause de cette crainte. L’élitisme Carlitesque s’estompera surement à la veille de 2012.
Car à force d’ouvrir à gauche, Sarkozy doit donner des sueurs froides à Buisson. Qui prépare sans doute, dans l’ombre, une nouvelle tactique pour serrer à droite. Et les conséquences sociales de la crise économique pourraient bien légitimer, aux yeux de Sarkozy, ce virage à l’extrême droite dans sa campagne pour un second mandat. Marine, tu fais quoi en 2012 ?









août 5th, 2009 at 14 h 39 min
Bon, mais que faut-il craindre à propos de Buisson ? Les discours répugnants de la présidentielle pour bien râcler tout l’électorat de droite s’est avéré être du même acabit que la stratégie de l’ouverture à gauche, non? Sarkozy n’a aucun fond, et n’a pas d’autre stratégie que de rester Prince. Il faudrait alors craindre que pour le rester, en plus des discours il en fasse davantage encore du côté de la ligne Buisson ? Le vase creux Sarkozy peut à tout moment se remplir d’un Buisson ou d’un Guéant ? C’est le risque c’est ça ? Dans ce cas là, Guaino est tout autant à redouter puisqu’il est aussi d’après ce que tu dis à l’origine du ministère nauséabond…
Mais pourquoi pour 2012 Sarkozy aurait besoin d’aller à sa droite s’il n’y a personne au centre et à gauche ? Pour démolir Bayrou et les autres il prend leur positionnement d’ouverture à gauche, anti-capitalisme financier, etc… c’est une vraie question et je serai ravi d’avoir un éclaircissement là-dessus
De toutes façons Sarkozy ne gagnera pas en 2012 grâce au fond, mais parce qu’il n’y aura personne de solide face à lui, ça se jouera encore à la personne… C’est peut-être l’ennui, en l’élisant, ce sera la politique des Buisson et consorts qui sera élu… Ou Carlita ?