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Affaire Orelsan : récupération politique d’un rappeur anecdotique

Posted on 17 July 2009 by Willy Gardett

Déprogrammé de tous les festivals de l’été, le rappeur Orlesan paie le prix fort pour une chanson, « Sale pute », qu’il a lui-même retirée de son album et avoue regretter. Ségolène Royal aurait fait pression pour qu’il soit censuré aux Francofolies, le célèbre festival de La Rochelle. Le PS soutient le rappeur, au nom de la liberté d’expression. Tout comme l’UMP, qui se scandalise de l’autoritarisme de la présidente de Poitou-Charente. Pourtant, c’était bien la ministre de la culture qui avait lancé la polémique en avril dernier, en qualifiant la prose du sauvageon d’ “apologie sordide de la brutalité envers les femmes, d’une cruauté inouïe”. S’ils n’aiment pas le rap, les politiques doivent être fans de Dutronc et de son tube « je retourne ma veste, toujours, du bon côté… »

segolene-royal-et-frederic-mitterrand-aux-francofoliesCette tempête dans un « vers » d’eau aura eu le malheur de faire couler de grosses larmes de crocodile au patron des Francofolies, Gérard Pont, accusé par les médias et les professionnels de la chanson d’avoir plié face à Ségolène Royal. Par peur de voir son festival privé des conséquentes subventions accordées par la région. «Ségolène Royal ne m’a jamais appelé, même si elle dit le contraire. Qu’elle garde ses subventions, Ségolène, je m’en fous !» finit-il par lâcher, excédé. De son côté, l’ex candidate à la présidentielle assume et affirme sa « satisfaction à l’annonce de la déprogrammation du rappeur d’un des plus importants festivals de la région qu’elle préside ».

Ségolène maître chanteuse ou néo-réac ?

segolene-royalC’est en tout cas en ce terme _ maître chanteuse _ que le créateur du festival Jean-Louis Foulquier qualifie l’attitude de la socialiste. Qui va à l’encontre de la position de son propre parti, personnifiée par Jack Lang, qui parle de « censure morale ». La plupart des artistes de gauche, consensuels et bien pensants, de Benabar à Cali en passant par Olivia Ruiz, partagent cette vision. Mme Royal, comme son patronyme nous le suggère, serait-elle tradi ? Ou Néo réac, comme vous préférez. Bref, la femme qui voulait confier nos jeunes de banlieues à des militaires, elle-même fille de Général, n’est-elle pas tout simplement de droite sur le plan des valeurs morales et de la liberté d’expression ? Celle qui utilisa pendant toute sa campagne une sémantique christique mêlée à une gestuelle maternelle et virginale ne serait-elle pas tout simplement réactionnaire ? L’énumération de ces questions oratoires vous donne un indice sur mon opinion en la matière…

L’UMP mange à tous les râteliers !

Que la bourgeoise Ségolène porte en elle, « cheville au corps », les vestiges d’une éducation autoritaire « à la papa » n’est pas une surprise. Et n’efface pas l’étonnant revirement adopté par l’UMP. Car si les censeurs craignent l’influence de sa chanson « Sale pute » sur nos jeunes de banlieues, favorisant le passage à l’acte de violences contre les femmes, le rap du petit blanc a une toute autre influence sur les membres du gouvernement. Qui prennent un plaisir répété à utiliser la polémique pour servir, directement, leurs intérêts personnels.

Première récupération : Valérie Létard, ex secrétaire d’Etat aux solidarités

valerie-letardFin mars, « Elle qualifie la chanson d’«appelle au viol, au meurtre et à l’incitation à la haine envers les femmes», de même que «celle intitulée “J’aime pas la Saint-Valentin”, tout aussi violente». Et finit par envisager un projet de loi interdisant l’apologie ou l’incitation au crime sexiste. » Pratique, pour briller à peu de risque à un poste _ la solidarité _ assez transparent.

Deuxième récupération : Christine Albanel, ex ministre de la Culture

christine-albanelQuelques jours plus tard, la mercenaire anti téléchargement sent le coup férir. Sa collègue à la solidarité s’est en effet déclaré choqué que la loi ne puisse pas interdire la diffusion du clip sur le web ! Une aubaine pour enfoncer encore un peu plus le média sur lequel j’écris, et qui, il faut bien l’avouer sans ironie aucune, n’est qu’un infâme bouge où se côtoient pédophiles, voleurs de biens culturels (et surtout des bénéfices des Majors), et arnaqueurs en tout genre. “La liberté d’expression s’arrête où commencent l’incitation à la violence et la manifestation de la haine la plus nauséabonde”, écrit dans un communiqué la ministre, plaidant pour “un internet civilisé”. Tout est dit !

Troisième récupération : les portes paroles de l’UMP

lefebvre-pailleLe mois suivant, au Printemps de Bourges, Albanel commence à se dessaisir du dossier. Elle ne veut pas interdire la chanson, dont elle se contrefiche versaillement, mais souhaite que la chanson en soit plus diffusée. Le fait de la princesse, en somme. Il faut dire que le jeune rappeur venait de présenter ses excuses au sujet de la maudite chanson ! Qu’il ne chantait même plus sur scène ! Et qu’il a finit par retirer du dit album !

Tant d’impertinence et de défiance envers l’autorité républicaine ne pouvaient échapper à Ségolène Royal. Elle vient, comme à son habitude, de se ridiculiser en balançant le spectre d’une coupure des subventions aux Francofolies si Orelsan était maintenu ! Parole _ ou coup de téléphone _ de Dame Royal en sa contrée fait loi !

Mais à la capitale, les deux troubadours Lefebvre et Paillé battent déjà fièrement tambour ! Et jugent « intolérable » la déprogrammation du rappeur controversé. En accusant directement Ségolène, tant qu’à faire : “Il est regrettable qu’une grande région française, la région Poitou-Charentes, porte ainsi, du fait de sa présidente Ségolène Royal, atteinte a la liberté d’expression”. Un dézingage de l’ex candidate à la présidentielle vaut bien un complet contre-sens gouvernemental, à seulement deux mois d’interval !

Et Frédéric Mitterrand d’enfoncer le clous

frederic-mitterrandLe problème, c’est que les portes paroles du gouvernement, on les entend pas assez bien. Ca fait pas assez de bruit médiatique. Alors on va chercher la grosse caisse, le nouveau ministre de la Culture, et on y va pas par quatre chemins. Il déclare donc à peine deux jours plus tard la polémique sur le rappeur « ridicule », avant d’ajouter : «Orelsan exprime le dépit amoureux, avec des termes qui ne sont pas les miens, moi je ne parle pas exactement la même langue, mais il a tout à fait le droit de l’exprimer». Quelle générosité ! Enfin, pour achever son numéro, une pirouette médiatique : la référence à Arthur Rimbaud, « qui aurait écrit des choses bien plus horribles ». Aïe ! Tonton junior vient peut-être, avec ce rapprochement délirant, de se donner un coup de cymbale sur les doigts ! En tout cas, le message est passé : dans l’affaire Orlesan, tout le monde politique a cherché à tirer la ouverture vers lui ! L’UMP la retournant carrément !

Quand la censure d’un rappeur devient une arme électorale…

Car censure il y a bien eu. Le rappeur Orelsan ne cesse de montrer sa bonne foi depuis le début de la polémique : il s’est immédiatement excusé, pour une chanson vieille de trois ans, qui n’est ni sur son dernier album, ni prévue dans ses concerts, qu’il regrette, et, surtout, qui ne constitue en rien une entrave à la loi. Le rappeur affirmant lui-même avoir voulu « dénoncer une conduite destructrice sous l’emprise de l’alcool ».

Mais Orelsan a plus d’un attrait pour les politiques : d’abord il est blanc, donc sans appui communautaire dans le monde du hip-hop. Ensuite, il fait quand même du rap, avec de propos choquants et dégradants pour la femme. La fenêtre de tir est idéale : rassurer les citoyens dans leur sentiment de sécurité sans passer pour d’épouvantables racistes. Ségolène se mettrait-elle, comme son ancien adversaire de 2007, à chasser, progressivement et sans y toucher, sur les terres électorales du FN en prévision de 2012 ?

1 Comments For This Post

  1. jb Says:

    je me suis largement exprimé , une petite chose que vous avez omis de citer sauf erreure ou omission de ma part

    la déclaration de François bayrou,

    je précise, je ne suis pas de son mouvement , mais à gauche, pas au ps , ni au pc encore moins le NPA light LCR

1 Trackbacks For This Post

  1. Mitterrand contaminé par le virus Polansky ? Ou Levinsky ? | Animal Politique Says:

    [...] en proposant par exemple une intervention militaire pour discipliner les jeunes de banlieue, ou en exigeant la censure du rappeur Orelsan, pour outrage aux bonne [...]

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