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“Danny le vert” superstar : le nouveau Bayrou ?

Posted on 09 June 2009 by Willy Gardett

Avec 16, 28 % des voix, soit 14 sièges, le parti Europe Ecologie rafle la mise. Et se place, comme le Modem en 2007, en 3ème position. Car de l’orange au vert, la sémantique est la même : s’opposer, proposer une alternative, sortir du clivage stérile gauche / droite. Et si, malgré la médiatisation de leurs différences apparentes, Cohn Bendit et Bayrou se ressemblaient comme deux goutes d’eau ? Pour le bonheur de l’UMP. Et au grand dame du PS.

bayrou-cohnbenditFin mai, le Modem et Europe Ecologie étaient au coude à coude dans les sondages, chacun crédités de 11 % des intentions de vote. Une déception pour Bayrou, qui s’est transformée en véritable désaveu. 8, 5 % des voix pour le parti du centre, soit 4 députés. Contre plus de 16 % pour le parti d’Eva Joly et de José Bové (14 députés).

Pastiche médiatique

Il faut dire que l’affrontement télévisuel entre l’ancien chantre de mai 68 et l’ancien ministre de l’éducation nationale de Balladur à clairement tourné à l’avantage du premier. Sur le plateau d’Arlette Chabot, DCB et Bayrou rentrent dans un face à face qui fleure la parodie des grandes joutes présidentielles entre VGE et Miterrand. « Vous n’avez pas le monopole du coeur » osera même Danny, conscient du pastiche dans lequel il joue. Et qui tourne nettement à son avantage.

Ouverture des hostilités : le président du Modem commence par accuser son interlocuteur d’entretenir des relations privées et complaisantes avec le président de la République. Puis, le débat glisse rapidement à l’invective personnelle : « Ce n’est pas digne de toi », « tu es minable » ose l’ancien manifestant du mois de mai. « Tu ne seras jamais résident de la République comme ça ». Aïe ! Danny frappe où ça fait mal, et il le sait. Bayrou, n’y tenant plus, prend les chemins de traverse, et ressort le vieux dossier du passé libertaro-sexuel de Cohn-Bendit (voir vidéo).

Deux hommes que tout oppose

Conscient de la volatilité de son électorat, Bayrou a tenté, pour contrer la concurrence écologiste, une percée à droite. Dans cette étrange confrontation entre le 3ème et le 4ème, le Modem s’efface pour laisser place à l’ancien UDF, le parti démocrate chrétien. Le bon père de famille agrégé de lettres classique fait la leçon à l’ancien rouge, et pense tirer les marrons du feu en l’attaquant sur le terrain des valeurs morales. Raté ! Autre temps, autres moeurs… Cohn Bendit n’est plus le jeune chien fou des débuts qui se vantait de consommer de la drogue et d’avoir une vie sexuelle libérée. (Voir la vidéo).

DCB n’est pas pédophile et n’a jamais fait l’apologie de ce crime. Il est toutefois resté, malgré les années, un véritable polémiste. Ce qui attire des électeurs fatigués des discours didactiques et compassés de la classe politique traditionnelle. A laquelle François Bayrou appartient, malgré son étiquette d’opposant systématique. Mais c’est avant tout sur le plan des idées que les deux hommes s’opposent : libéral-libertaire pour Cohn-Bendit, démocrate chrétien pour Bayrou. Si ce dernier propose de passer à la 6ème, il est un pur produit de la 3ème, et du culte de la République qui va avec. Le franco-allemand quant à lui bien plus proche d’une société libérale au sens politique et philosophique du terme, au sein de laquelle l’Etat perdrait son omnipotence au profit d’une valorisation des libertés et des initiatives individuelles.

Mais qui se rejoignent sur la stratégie politique !

Vous l’aurez compris : Danny n’est plus rouge au sens communiste du terme. Il ne l’a d’ailleurs jamais été. Au pire anarchiste sur les bords. Bayrou n’est pas non plus ce centriste neutre et mou que les guignols nous dépeignent chaque semaine, mais bien plutôt le représentant de la droite bleu ciel, incarnant ce fumeux mélange de valeurs démocratiques et chrétiennes.

Pourtant les expériences électorales de leurs partis respectifs comportent plus d’une ressemblance.

Mai 2007 : le Modem se hisse au 3ème rang de l’élection présidentielle, totalisant presque 20 % des suffrages. Sérieux et rassurant par rapport aux deux hystériques du second tour, Bayrou semblait une alternative crédible. Les verts se contenteront d’un résultat catastrophique (1, 57 % des suffrages).

Juin 2009 : Europe Ecologie 3ème de l’élection européenne, avec plus de 16 %. Avec son parler vrai, sa double nationalité et ses convictions écologiques, Cohn-Bendit se taille la pat du lion. Le Modem déchante avec 8, 5 %.

Les deux hommes ont su proposer, dans deux contextes électoraux radicalement différents, une alternative. Non pas au clivage gauche / droite, mais au vote PS. Ces deux formations (Modem et Europe Ecologie) servent, sans aucune complicité et à leurs dépends, la stratégie d’un UMP triomphant. Le Modem pour les présidentielle permit à Sarkozy de caracoler en tête au premier tour. Europe écologie pour les européennes permet aux déçus du PS de conforter leur conscience écolo à peu de frais.

Car le vote Europe Ecologie n’est pas un vote citoyen, comme l’a décrit Delanoë pour balayer l’idée d’un possible désaveu à Paris (drôle d’expression au demeurant, comme si un vote pouvait être autre chose qu’un acte citoyen !), mais un vote épidermique, presque sentimental, qui semble nous dire deux choses : nous ne pouvons plus voter pour un PS moribond ; nous pouvons envoyer un signal fort au gouvernement sur la sensibilité écologique des électeurs. Mais les élections européennes sont bien les plus cruciales auxquelles nous puissions participer, presque plus importantes que les élections présidentielles. Sarkozy a pratiqué une telle politique d’ouverture, que les citoyens nous donnent le sentiment de ne plus pouvoir imaginer d’autres partis aux affaires. Et se contentent de tenter d’influencer la politique du parti unique.

La poussée du mouvement écologique nous renseigne donc sur le peu d’importance que les français accordent au scrutin européen. En témoigne la forte abstention. Si l’on compare l’engouement des français pour les présidentielles et le score des verts, le verdict est sans appel : les électeurs ne désirent pas confier les affaires aux écologistes. Et n’ont donc pas saisis les véritables enjeux des élections européennes. Car peu ou pas médiatisés…

L’UMP rit, le PS pleure

ps_europe1 Le Modem comme Europe écologie : deux machines à dépouiller l’électorat PS. Et Sarkozy l’a bien compris. Au lendemain de 2007, la conséquence de la poussée du Modem n’est autre que la politique d’ouverture. La volonté affichée par Bayrou de prendre les meilleurs pour constituer un gouvernement est copieusement plagiée par l’hyperprésident. Aujourd’hui mardi 9 juin, soit deux jours après les élections européennes, le même Sarkozy claironne sa volonté de dépenser autant d’ argent pour les énergies renouvelables que pour le nucléaire

Plus ouvert que Bayrou, plus écolo que Danny, le président triomphe, et son parti fleurte, élection après élection, aux alentours des 30 %. Et pour se faire, récupère toutes les idées populaires. « L’UMP n’est pas ultralibéral » confiait Jean-François Copé sur un plateau de France 3 le 7 juin au soir. « D’ailleurs, il n’est même pas libéral ». Forcément, puisque depuis la crise financière, le libéralisme est impopulaire. Forcément, puisque l’« Union pour un Mouvement populaire » est un parti… populiste !

1 Comments For This Post

  1. walkmindz Says:

    Écologie discount et abstentionniste en freelance
    Entre le commerce de la fin du monde et une tendance à la culpabilité sélective, il y a les divertissements apolitiques.
    Quand on confond prises de conscience et caprices de saisons, on fait d’un film d’un soir une cause nationale, voire obligatoire.
    Entre les opinions biodégradables et les chèques en blanc, autant parier sur le hasard, mais pas sur l’avenir.
    La suite ici
    http://tiny.cc/itGbf

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