Avec sa nouvelle chronique sur RTL, le talentueux Zemmour s’enferme dans le personnage de l’éternel réac.
Soyons honnête : Eric Zemmour a du talent, il est intelligent, voire brillant, et surtout pertinent. Evidemment, il déroge à l’idéologie du politiquement correct qui consiste à dézinguer les éternelles cibles contemporaines : la droite, l’extrême droite, la religion catholique, bref, tout ce qui caractérise le mâle occidental dominant, hétérosexuel et capitaliste. Zemmour préfère s’attaquer aux islamistes, aux gauchos, aux écologistes et aux féministes. Et ça nous change des chroniques Bedosisées des Guillon ou Alévêque qui, malgré un vrai ton, semblent incapables de sortir des dogmes contemporains selon lesquels le capitalisme est toujours mauvais, les pays du tiers-monde ont toujours raison, et les Palestiniens sont juste les victimes des méchants sionistes.
Vive le vrai Zemmour !
Vous l’aurez compris, je suis de ceux qui affectionnent Zemmour. Non pas que je partage son idéologie machiste et réactionnaire, voire xénophobe (en tant que jeune Parisien branché, je suis évidemment féministe, progressiste et tolérant…), mais ses arguments ont le mérite d’exister, d’avoir un certain poids, ne serait-ce que parce qu’ils nous permettent de communiquer entre nous. Car dans notre société, la communication, omniprésente, a effacé ce qu’Emmanuel Kant appelait l’intersubjectivité. Cette qualité essentiellement humaine qui nous permet de rentrer en communication avec son prochain d’autant plus facilement lorsqu’il n’est pas d’accord avec vous et qu’on l’estime comme un être de valeur.
Essayez de discuter avec votre clone : vous n’y parviendriez pas car il sera toujours d’accord avec vous. Et des clones, ce n’est pas ce qu’il manque sur la place publique. Parlons immigration : que sommes-nous autorisez à dire dans le microcosme parisien si ce n’est : « Les sans papiers sont exploités par le gouvernement Français qui nous montre toute son inhumanité à renvoyer chez eux de pauvres Afghans en Charter… » ? Ou encore mieux, à propos du conflit Israélo Palestinien qui, comme chaque intello bobo le sait bien, est la répétition de l’holocauste des années 40, les victimes de l’époque étant devenus les nouveaux bourreaux ? Qui nous fait adorer l’Amérique d’Obama et haïr celle de Bush, différentes sur la forme mais proches sur le fond ? Pas Zemmour en tout cas…
Première chronique sur RTL : un bid…
Zemmour iconoclaste ? Je le pensais, jusqu’à sa première chronique ce lundi sur les ondes de RTL. Le célèbre chroniqueur de « On n’est pas couché » apparaît étonnement stressé par cette première. Et nous livre une succession de poncifs de la droite néo réac, alpaguant le dérisoire classement des 100 personnalités préférées des Français. Nous vous servons une synthèse de ses propos qui peut tenir en trois phrases : les Zidane, Boun ou Noah, apôtres de la mauvaise nouvelle de la sacro sainte grand messe médiatique, sont adulés par des Français qui y trouvent ce supplément d’âme que l’Abbé Pierre, six pieds sous terre, ne peut plus incarner. La religion n’est plus catholique mais cathodique. Désormais, les nouvelles idoles brassent des millions à l’étranger et exhibent leur sainteté sur nos écrans plats.
Zemmour apôtre de la secte réactionnaire…
La rhétorique est connue. Mais Zemmour semble le seul à ne pas se rendre compte qu’il appartient, lui-aussi, à une religion moderne. Non pas le christianisme, vieux de 2000 ans, mais le néo réactionnisme, mélange de patriotisme vieillot et de haine du progrès. Zemmour, qui a la réputation de tirer sur tout ce qui bouge, ne s’attaquera jamais à son propre fond de commerce. Jamais nous ne le verrons dézinguer le gros beauf aviné au vin Français qui crache sur les étrangers, les femmes, les homos, tous responsables de ses maux.
… pour gagner sa place au paradis médiatique
Parfois esprit libre, il se meut de plus en plus dans la posture du libre penseur réactionnaire, ce qui lui permet de gagner son identité médiatique. Et de participer, lui-aussi, à la sacro sainte grand messe. Désireux d’exister médiatiquement, il se fait le messie de sa secte, le miroir de celle de ses adversaires. Ils sont à gauche, je serai de droite. Ils sont laïcs, je serai chrétien. Ils pensent que l’identité est synonyme de diversité, je penserai que notre essence est dans nos 36 000 clochers. Il veulent plus d’égalité entre homme et femmes, je leur répondrai « chacun sa place ».
Eric - je me permets de t’appeler par ton prénom, car c’était aussi celui de mon grand-père-, Eric, méfie-toi : à vouloir surjouer le réac de base, tu te trahis et nous trahi. Contre qui allons-nous pouvoir nous opposer au non de la toute puissante tolérance si tu te contentes de te plaindre du soutient de Zidane à l’équipe d’Algérie pour la Coupe du Monde ?
Dis-nous Zemmour, la chronique sur RTL, c’était pas la chronique de trop ?








