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Le Bergé et son troupeau

Posted on 24 November 2009 by Pierre-Emmanuel Levacher

Le milliardaire Président de Sidaction fustige l’hégémonie du Téléthon, “parasite populiste” de la générosité des Français.

pierre-bergeLes réactions politiques aux propos de Pierre Bergé sur le Téléthon soulignent une nouvelle fois la dictature intellectuelle du « politiquement correct », nous plongeant inéluctablement dans les abîmes de la controverse. A défaut de s’intéresser au contenu des dires de l’homme d’affaires, les hérauts de la nation (sic) ont porté leur voix contre une attaque en règle, portée à un monument de la charité nationale. La teneur principale des propos en question, malgré certaines maladresses – quant aux « immeubles » de l’AFM et au « trop d’argent » collecté –, n’est en soi pas choquante : le Téléthon, accusé de « parasiter la générosité des Français d’une manière populiste », dispose d’une couverture médiatique unique sur le marché du caritatif, et au regard de la concurrence associative, il est légitime que d’autres associations s’interrogent sur les moyens octroyés à l’AFM.

Un marché (presque) comme les autres

La grande majorité des associations se livrent depuis quelques années à une concurrence sans précédent, se disputant des parts de marché tant en termes de visibilité que de collecte de fons. Ayant intégré progressivement les pratiques du marketing et de la communication d’entreprise [cf. Donateurs si vous saviez… ] – mailing misérabiliste, streetfundraising mené par des « commerciaux » militants, opérations de communication et publicitaires racoleuses – les associations cherchent à asseoir économiquement leur existence. Leurs coûts fixes se développant corrélativement à l’extension des actions menées de recherche scientifique, d’aide sociale ou alimentaire, l’assimilation des notions de rationalité économique et de croissance budgétaire prouve que l’argent est également « le nerf de la guerre » chez les généreux. C’est ainsi de « bonne guerre » de s’exprimer sur la position de l’AFM à deux semaines du Téléthon 2009.

Une tribune médiatique hors normes, une concurrence déloyale

Les « 24 heures chrono » dont jouit l’AFM chaque année sur France Télévisions laissent évidemment perplexes les responsables d’autres mouvements associatifs. C’est pourquoi la réaction de Pierre Bergé n’est pas disproportionnée, au contraire de la tribune accordée par l’Etat sur une chaîne de son giron. Et il n’est pas nécessaire de se livrer à une analyse comportementaliste pour savoir que la télévision, à travers un des canaux privilégiés par les téléspectateurs français, cristallise l’attention de ces derniers, et par ce biais, de leur porte-monnaie. En aucun cas, il ne peut exister une hiérarchie de la souffrance, de la maladie ou de la misère. L’exposition médiatique des causes associatives doit être dés à présent (re-)considérée équitablement, sans favoritisme historique.

Quand la présidente de l’AFM, Mme Tiennot-Herment, rappelle que le Téléthon « ne représente que 5 % de la générosité publique », afin de relativiser les propos de Pierre Bergé, elle ne fait que confirmer la part considérable que représente son association dans les deniers alloués par le « public ». Au regard de la multitude des causes en jeu, et des associations qui les représentent, 5 % représente une manne financière sans commune mesure (soit 122,8 millions d’euros collectés en 2008), qui éclipse à ne pas douter d’autres combats.

Et lorsque Manuel Valls (député-maire d’Evry, où est implanté le centre de conférences de l’AFM) dénonce des propos qui « créent une concurrence ignoble entre les grandes causes », il témoigne d’une véritable mauvaise foi : ce ne sont pas ces propos qui la créent mais bien l’existence des causes en elles-mêmes.

2 Comments For This Post

  1. corto74 Says:

    Ouf ! enfin un qui pose les choses à plat ! je me sent moins seul sur ce coup la !
    Toi c’est le bergé et son troupeau , moi c’était le téléthon baise le sida, moins élégnat, certes
    biz

  2. emmanuel Says:

    Il faut tout de même bien regarder le doigt qui montre le Téléthon, en l’occurence un homme d’affaire dont l’asso Sidaction a copié le Téléthon dès 1994, puis a perdu de son aura, notamment pour des raisons d’opacité dans la redistribution des sommes levées auprès des donateurs. C’est sur la posture dénonciatrice de Bergé que la polémique a lieu d’être, pas sur sa critique de fond. Non ?

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